Ecrire pour l’oeil ou pour la bouche

JE PRENDS MA RETRAITE

Depuis que j’ai commencé à te raconter cette histoire, je ne fouille pas que ma mémoire. Je passe des heures dans les cartons, à rechercher des pièces à conviction, et ce que je retrouve n’est jamais ce que je crois avoir gardé.

Je viens de tomber sur un paquet de conducteurs (le conducteur, c’est la trame de l’émission couchée sur du papier, ce dont on se sert au micro mais aussi en régie, pour savoir quand il faut envoyer un son, une chanson…).

Ce sont ceux de « Par monts et par mots », l’émission qui remplace « A mots découverts » sur la grille d’été de Radio Bleue en 98.

C’est un projet qui n’est pas du tout adapté aux moyens dont nous disposons, et en décidant de le mener à bien, je nous impose un travail de titan, à Françoise et à moi.

L’idée, c’est de piocher dans les émissions des trois…

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Documentation sur la traduction

Camarades lecteurs, comme vous le savez peut-être, j’ambitionne de devenir traductrice (et aussi d’assassiner le traducteur de J.K Rowling pour pouvoir prendre sa place et lire les livres en avant-première). Je me suis fait la réflexion, plus tôt dans la journée, qu’en tant que wannabe traductrice j’aimerais bien connaître une petite base de donnée sur la traduction, les traducteur.ices, tout ça.

Bon, je n’ai sans doute pas la science infuse concernant ce domaine, mais on ne peut nier qu’il m’intéresse. Moi quand quelque chose m’intéresse, je lis des choses dessus et j’en oublie de ranger ma chambre. Je pense donc compiler ici dans les prochains mois les articles que je lis sur le sujet.

  1. Le projet de traduction de Kafka par Laurent Margantin, expliqué sur Diacritik ici (et le site de Laurent Margantin où est postée la dite traduction, ici).
  2. Un article des Echos qui rappelle le caractère indispensable des traducteurs malgré leur statut somme toute assez inconnu.
  3. La vision de la traduction par Markowicz, un article de Libération

Je suis une autrice

Miroslava Zetkin

J’étais tellement petite quand j’ai commencé à rédiger des histoires que je n’ai absolument pas songé à la façon dont il convenait de me qualifier. D’ailleurs, je n’écrivais que de petites histoires par-ci par-là, le plus souvent basées sur des œuvres fictionnelles, et la profession à laquelle j’aspirais était celle de vétérinaire. En grandissant, j’ai par contre commencé à me poser des questions sur le mot qu’il convenait d’utiliser pour définir mon écriture. J’ai peu à peu cessé de la considérer comme un « simple » passe-temps sans importance, et ça a notamment été très vrai lorsque j’ai terminé mon premier roman –entièrement original, celui-ci. A ce moment, même si je ne me considérais pas comme un auteur professionnel ni même n’envisageais de le devenir, je n’ai pas trouvé disproportionné de me qualifier d’écrivain. J’écrivais des histoires, beaucoup, qu’elles soient fanfictionnelles ou originelles, et j’étais capable de mener à terme des…

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The Torn Letter (T. Hardy) – exercice de traduction amateur

[Camarades lecteurs, avant de commencer, je vous prie de ne pas utiliser ma traduction ou mon commentaire sans citer sa source ; c’est une politesse élémentaire, et également ce qui permet à mon blog de se faire connaître ! Merci ♡ ]

Etudiant cette année le poète Thomas Hardy, et ayant dû récemment commenter son poème « The Torn Letter », j’ai été étonnée de découvrir qu’il n’existait pas de traduction française qui était dédiée à ce poème… ou alors je n’ai pas su la trouver, ce qui est également possible.

Dans tous les cas, j’ai pris ça comme un défi et ai décidé de traduire, tant dans la forme poétique que dans le fond, ce poème anglais. Bien qu’ayant une certaine expérience amateur en traduction (je vous renvoie à mon compte fanfiction.net et archive of our own), c’est la première fois que j’essayais de traduire formellement un poème.

NB : Un comparatif avec la version originale est disponible en bonne qualité ici (traduction-the-torn-letter-hardy).

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La lettre déchirée 

1
J’ai déchiré ta lettre en morceaux pas plus grands
Que le duvet des canards bouffant dans le vent
Qu’ils lissent sur les vagues, mouvement constant,

Et ce parmi les temps changeants.

2
Seul laissé sur mon lit dans l’obscurité nue
Je crois t’avoir aperçue dans une vision
Et t’avoir entendue : « pourquoi la dérision

D’une attention, bien qu’inconnue ? »

3
Oui, ma colère enfin avait suivi son cours
Et ma folie d’hier fraîchie par la nuitée
Je souffrais ; ma tristesse ornée de remords lourds

En devenait un vrai regret.

4
Quels jours pensifs, patients doit passer – je pensais –
Cette âme de fibre si tendre, cet auteur
Quelle bonté honore, enfin, l’expéditeur,

De mots si doux, brillant phrasé !

5
Les voyant si précieux, alors, et révolté,
Je cherchai les fragments, trouvai, raccommodai ;
Minuit blanchit avant que je n’ai terminé,

Rassemblant les mots sacrifiés.

6
Mais certains, hélas, des mots que j’avais jeté,
Détruits à jamais, ne purent être retrouvés
Ils étaient ton nom et ton adresse, et jamais

N’ai-je pu les récupérer.

7
J’appris avoir perdu, par cette éruption,
Ta trace. Le sort l’avait décidé ainsi :
Dans la vie, dans la mort, séparés nous serions,

Cette pensée, oui, j’en souffris.

8
Né il y a longtemps, ce douloureux chagrin
Palpite là ; jamais je ne l’ai dépassé
Pour toi, quelle revanche, si tu le savais !

Mais Dieu merci, tu n’en sais rien.


traduction ©isagawa

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Mes choix de traduction

Il fallait tout d’abord choisir la forme que je voulais donner au poème. J’aurais pu ne traduire que le sens, mais le défi perdait du même coup tout son intérêt. Le vers libre, s’il permettait une plus grande liberté, et peut-être une plus grande licence poétique, m’a tentée quelques temps, mais il ne rendait pas non plus justice à la version originale. En effet, les vers de Hardy sont très travaillés : le mètre (meter) de « The torn letter » y est extrêmement rythmé. On pourrait dire, dans un commentaire littéraire, que ce caractère presque lancinant des vers rappelle la présence inconnue mais qui s’éternise dans l’esprit du narrateur – mais c’est aussi et avant tout une preuve de l’extrême attention que portait Hardy à la forme. Il aurait pu écrire un poème au mètre plus irrégulier, comme il l’a déjà fait avec d’autres écrits de At Casterbridge Fair par exemple ; mais ici, le caractère presque scandé de la chose rappelle une ballade, et pour moi, c’était l’alexandrin français qui parvenait le mieux à retranscrire cette forme très travaillée du poème, et son caractère somme toute quasi-religieux.

Néanmoins, j’ai également pris en compte que le poème est très structuré : en effet, chaque strophe est numérotée et ne forme qu’une seule phrase -d’où de nombreux enjambements-, un petit tout, et même une sorte d’épisode. Selon moi, il fallait que je trouve le moyen de retranscrire la mise en exergue de la fin des phrases, cette sorte de ressac qui contribue également à l’esprit lancinant du poème d’origine dont je parlais plus haut ; et quelque chose qui mettrait également en avant la quasi-chute de la huitième strophe. C’est pourquoi j’ai choisi d’utiliser, en chaque fin de strophe, un vers composé en octosyllabes.

NB : Si ces considérations formelles vous intéressent, voici le commentaire que j’ai fait en classe concernant ce poème : commentary-the-torn-letter-hardy.

Je ne dis pas que les rimes que j’ai pu trouver sont exceptionnelles de finesse et d’élégance. Néanmoins, j’estime ne m’être pas trop éloignée du sens d’origine (et pourtant, ma grande peur en commençant était d’abuser de la licence poétique !), et je suis plutôt satisfaite. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez une idée de meilleure rime ? Un poème à me conseiller ? Je vous laisse me dire tout ça dans les commentaires, je retourne raturer dans mon carnet. Bonne soirée 

2017 sera culturel ou ne sera pas.


Bonjour/soir ! J’ai décidé de tenir ce blog de manière plus régulière (l’ayant un peu laissé à la dérive), et en conséquence, j’ai voulu entamer cette résolution avec un article assez léger : mes résolutions culturelles pour 2017.

A noter que certain.e.s des livres/séries/films/autres que je cite feront je l’espère l’objets de petites chroniques culturelles dédiées !

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Le mouvement pro-vie, c’est quoi ?

Un article sur les « pro-vie » qui fait suite au mien, et que je trouve très beau et bien pensé.

L'IB - L'Information Bréquigny

L’envie d’écrire cet article m’est venue à la lecture d’un texte sur le sujet. J’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice, sans doute de répéter un peu ce qui a été dit dans l’espoir que ce soit entendu.
Comme l’auteure, ce nom me fait rire.
Pro-vie. Vous êtes pour la vie de ce petit être qui grandit tout doucement dans le ventre d’une demoiselle. Vous êtes contre l’idée que cette demoiselle puisse ne pas avoir eu envie de ces petites cellules qui se multiplient, se démultiplient, se transforment en embryon, en foetus… Vous êtes contre l’idée que cette demoiselle veuille se débarrasser de ce futur bébé. Pourquoi aurait-elle un droit quelconque sur cette chose dans son ventre ? La vie est là, la femme concernée n’est plus en droit d’avoir une opinion sur la question.

Spoiler, si.

Vous vous permettez de juger une femme qui avorte ? Peu importe l’âge…

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Des écailles en pleine mue


You took me walking through the town
Showed me the statues underground
Said just don’t they look at peace
Sometimes I wish that was me

— « Above the clouds of Pompeii », Bear’s Den


Je t’aime.

Ce ne sont pas des mots destinés à mon amoureuse. Ni même à ma mère ou mon père. En résumé, ces mots ne sont pas adressés aux personnes habituelles.

Je t’aime. On oublie un peu de le dire quand ce n’est pas pour les personnes habituelles. Déjà que c’est dur à sortir en temps normal. (Un je t’aime amoureux. Un je t’aime platonique. Plein de modalités différentes et toujours la même difficulté.) Mais en plus, c’est prisonnier de monotonie. D’habitude. On dit toujours je t’aime aux mêmes personnes.

Je brise la monotonie pour toi aujourd’hui. Parce que tu en as besoin. Que tu es belle. Que tu n’as pas conscience de ta préciosité. Tu te reconnaîtras, j’espère.
Je t’aime.

Je t’aime quand tu pars dans des tirades très posées, en expliquant avec une argumentation redoutable et trente-six points bien emboîtés à quel point la société a tort. Je t’aime, quand tu m’autorises à regarder ton PV et à accéder à la vraie toi. Je t’aime, quand tu es passionnée et que je pourrais te voir écrire sur HP et des webséries pendant cinq heures sans coup férir. Je t’aime, quand tu es insecure et que tu te penses nulle.

(Je t’aime, parce que c’est pas vrai.)

Je t’aime, et tu ne devrais pas avoir peur du grand méchant monde comme ça, tu le bats à plate couture et dans tous les arts martiaux.
Je t’aime, je me demande si ça t’es déjà venu à l’esprit qu’un pangolin ça n’a pas des écailles solides pour rien.
Je t’aime, et c’est vrai que tu es un élément d’une multitude. Une goutte d’eau dans un torrent. Mais bon sang, quelle goutte d’eau.
Je t’aime, tu as un impact sur ma vie.
Je t’aime, tu fais partie de celleux qui me définissent au quotidien.
Je t’aime. Platoniquement parlant. Et très fort.