bérénice. (poème machine)

Il faudra prendre le petit chemin de terre
     sentir les fleurs murmurer bleu
Les pas se caressent à l’évidence du chant
L’évidence du soleil dans le ciel glabre du matin
Autour de soi il y a une collusion d’herbes, les astres sourient au ralenti
Et la main qui se lève et éponge des rêveries sur un front pâle
     semble veinée de myosotis
Régression dans la vitesse, on cible le regard dans les arbres
Atteint son but notre bonheur
Une biche traverse les pierres feuille d’automne
     personne n’en voit jamais.

©isagawa

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1h41

1h41 quand je commence à écrire, l’envie dévorante de me rapprocher d’elle. Elle m’a proposé un appel ce soir, mais on devait finir une série en famille, et j’ai dit non, d’une certaine manière j’ai l’impression que c’est toujours moi qui dit non. Elle me manque pourtant. Pas seulement dans le sens “j’ai hâte de la voir”, mais dans le sens “je manque d’elle”. C’est pur et craintif comme mot, le verbe manquer.

J’ai repoussé l’appel et la soirée est passée, entre Jane the Virgin et saucisson. Et puis, je monte dans ma chambre, qu’est-ce qu’il fait lourd quand on ne fait pas courant d’air le soir, je m’allonge dans mon lit, en étoile. Et je pense à elle.

Je pense d’abord à des choses imprécises, en rapport avec elle. Des films qu’on aime toutes les deux, une histoire qu’elle m’a dit qu’elle irait lire, sa voix dans l’enregistrement qu’elle m’a envoyé. Plus j’y pense, plus ces choses liminaires s’effacent et je me rapproche d’elle, la pensée d’elle, son essence. Et là ça ne manque pas, c’est pur et craintif, c’est douloureux et mélancolique, avec un fond de joie calme, elle commence à me manquer.

Je me retourne sur le ventre, elle se fait plus précise. Je repasse notre dialogue dans ma tête. Je n’ai pas pu l’appeler ce soir mais elle ne pourra pas m’appeler demain. J’ai révision de bac, elle m’a dit, et ça doit vouloir dire qu’elle dort à cette heure-là, elle est sérieuse mon amoureuse en plus d’être adorable. Je ferme les yeux. C’est une étrange pensée de se dire qu’elle dort alors que j’ai les yeux ouverts encore. J’ai l’impression que mon esprit est une volée d’oiseaux sauvages, qui planent jusqu’à elle et, incapables de se poser, tournoient en grands cercles tendres autour de sa tête endormie.

C’est drôle ; elle endormie, je me sens proche d’elle, infiniment, mais aussi incapable de la toucher. Jusqu’à demain, elle est injoignable ; jusqu’à demain, je peux penser à elle tout mon soûl. Je suis comme cette fonction dont j’ai oublié le nom, dont la courbe descend toujours plus près de l’axe, infiniment plus près à chaque point donné, sans qu’elle ne soit dans la capacité de le toucher.

Envie dévorante de me rapprocher d’elle ; hier je ne l’ai pas appelé, et demain elle ne m’appellera pas. Pourtant nous sommes dans les petites heures du matin, on est déjà demain et encore hier, et dans cette entre-deux moi je flotte vers elle et si je tends la main assez près, peut-être que j’effleurerai suffisamment ses rêves pour m’y trouver.

1h57 quand tout se calme, ayant attrapé mon portable je me retourne sur le dos. Je voulais écrire tout ça pour ne jamais oublier ce que c’est, d’être amoureuse quand la nuit roule entre deux êtres. 1h41 et 1h57, de presque-femme je suis devenue nuée d’oiseaux et courbe mathématique, il s’en est passé des formes et des millénaires, et moi je suis là dans mon lit trop tiède, et je pense à toi.

Ton amoureuse.

Ton amoureuse, c’est le genre de personne qui arrive à te convaincre que ta voix est jolie.

Ton amoureuse, c’est celle qui va écrire sur toi en ne te disant rien, et tu tombes sur ça par hasard, et ça bouleverse quelque chose profond dans la poitrine.

Ton amoureuse, c’est celle pour qui tu écris des poèmes tard le soir, et même si leur métrique laisse à désirer tu les trouve beau parce qu’ils te font penser à elle.

Ton amoureuse, c’est celle qui est là… Qui est toujours là, pour te réconforter, pour te dire que tu vaux le coup quand tu te sens minable, celle que tu n’as pas honte d’appeler quand tu pleures et que t’as de la morve partout et sûrement ça s’entend à l’autre bout du fil. Ton amoureuse, c’est celle qui est là, même quand elle ne l’est pas, dans un petit coin de ta tête qu’elle remplit d’odeurs folles et de coton.

Ton amoureuse, c’est celle que tu verras peut-être, que tu verras un jour, que tu vas voir bientôt, chaque minute te rapproche du moment où tu la serreras fort. Si fort que peut-être tu lui feras mal et tu t’en voudras mais tu ne pourras pas te détacher malgré toute ta volonté parce que tu l’as enfin, tu la gardes, et elle dans tes rêves elle te dit que c’est pas grave, qu’elle n’a pas mal, elle t’embrasse et elle met sa tête dans ton cou.

Ton amoureuse… Elle est trop de choses pour la raconter sans doute. Elle est le message du matin, le manque, le sourire brusque, la boule dans le ventre, l’envie d’aimer à s’en briser le coeur, elle est belle avec ses cheveux courts et son nez plissé quand elle rit, elle est parfaite quand tu l’entends qui te dit je t’aime à l’autre bout de la ligne téléphonique.

Elle est trop pour pouvoir finir un texte correctement. Car enfin, si tu disais tout, ça n’en finirait jamais, la conclusion exploserait, les mots se mettraient à sourire… Et tu ne veux pas paraître si folle que ça.