bérénice. (poème machine)

Il faudra prendre le petit chemin de terre
     sentir les fleurs murmurer bleu
Les pas se caressent à l’évidence du chant
L’évidence du soleil dans le ciel glabre du matin
Autour de soi il y a une collusion d’herbes, les astres sourient au ralenti
Et la main qui se lève et éponge des rêveries sur un front pâle
     semble veinée de myosotis
Régression dans la vitesse, on cible le regard dans les arbres
Atteint son but notre bonheur
Une biche traverse les pierres feuille d’automne
     personne n’en voit jamais.

©isagawa

Des écailles en pleine mue


You took me walking through the town
Showed me the statues underground
Said just don’t they look at peace
Sometimes I wish that was me

— « Above the clouds of Pompeii », Bear’s Den


Je t’aime.

Ce ne sont pas des mots destinés à mon amoureuse. Ni même à ma mère ou mon père. En résumé, ces mots ne sont pas adressés aux personnes habituelles.

Je t’aime. On oublie un peu de le dire quand ce n’est pas pour les personnes habituelles. Déjà que c’est dur à sortir en temps normal. (Un je t’aime amoureux. Un je t’aime platonique. Plein de modalités différentes et toujours la même difficulté.) Mais en plus, c’est prisonnier de monotonie. D’habitude. On dit toujours je t’aime aux mêmes personnes.

Je brise la monotonie pour toi aujourd’hui. Parce que tu en as besoin. Que tu es belle. Que tu n’as pas conscience de ta préciosité. Tu te reconnaîtras, j’espère.
Je t’aime.

Je t’aime quand tu pars dans des tirades très posées, en expliquant avec une argumentation redoutable et trente-six points bien emboîtés à quel point la société a tort. Je t’aime, quand tu m’autorises à regarder ton PV et à accéder à la vraie toi. Je t’aime, quand tu es passionnée et que je pourrais te voir écrire sur HP et des webséries pendant cinq heures sans coup férir. Je t’aime, quand tu es insecure et que tu te penses nulle.

(Je t’aime, parce que c’est pas vrai.)

Je t’aime, et tu ne devrais pas avoir peur du grand méchant monde comme ça, tu le bats à plate couture et dans tous les arts martiaux.
Je t’aime, je me demande si ça t’es déjà venu à l’esprit qu’un pangolin ça n’a pas des écailles solides pour rien.
Je t’aime, et c’est vrai que tu es un élément d’une multitude. Une goutte d’eau dans un torrent. Mais bon sang, quelle goutte d’eau.
Je t’aime, tu as un impact sur ma vie.
Je t’aime, tu fais partie de celleux qui me définissent au quotidien.
Je t’aime. Platoniquement parlant. Et très fort.

Apprivoiser les étincelles.

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Cette photo circule pas mal sur Twitter en ce moment, sans que je sache d’où elle vienne. Il n’empêche. Elle est très juste. J’ai eu envie d’écrire sur ça, sur le bonheur et tout ce magnifique merdier, pour une personne qui compte.


Le bonheur c’est pas forcément une montagne ou un truc inatteignable. Beaucoup s’en font cette image à tort. Le bonheur c’est des petits bouts de sourire ou de bien que tu parviens à dérober à la va-vite. C’est son lit dans les moments fatigants, c’est un message quand tu es seul, c’est un bourgeon que tu remarques sur une plante de ton jardin. Le bonheur il est un peu partout, et c’est dur parfois de le voir quand la vie est trop dure et que ses ténèbres te rendent aveugle. Mais il n’empêche. Il est là. Pour l’instant t’avances à l’aveuglette, j’entends, et souvent les ténèbres t’asphyxient, je sais, et parfois tu trouves un peu de lumière et t’as tellement pas l’habitude que tu t’y cognes, ça éblouit. Il n’empêche. Il y a un jour où ça change. Sans que tu saches pourquoi les ténèbres disparaissent.

Pour sûr, le bonheur, c’est pas l’image qu’on s’en fait. Ce n’est pas une montagne que peuvent grimper de rares élus qui n’en redescendront jamais. C’est pas réservé à une minorité. Tout le monde y a droit. (Même toi.) Non, le bonheur c’est quelque chose de simple, qui flotte dans l’air, que tu peux voir si tu tends les oreilles et le coeur. C’est des étincelles que tu attrapes dans tes mains. Ça clignote, ça brûle un peu, c’est imparfait sans aucun doute, mais c’est beau et ça réchauffe. Et quand tu es dans ta déprime tu te dis « ces étincelles c’est de la pacotille, c’est du rien, même pas des lucioles », de la même manière qu’enfoncé dans tes problèmes tu peux ne pas faire attention à la feuille qui bourgeonne.

Alors s’il te plait. Fais attention aux feuilles qui bourgeonnent. Ça demande du temps et de l’énergie de s’ouvrir à l’émerveillement, et au début t’as l’impression que c’est futile parce qu’une fleur qu’est-ce qu’on s’en fout, et que l’étincelle que tu viens d’attraper elle s’est éteinte en une seconde. Pourtant je t’assure : ça vaut le coup. Toutes ces étincelles de bonheur minuscules continuent de produire de la chaleur bien après s’être éteintes.

Et un jour, tu vas te rendre compte que tu as remarqué un bourgeon dans ton jardin, ou dans la rue entre deux dalles de goudron. Sans avoir à y réfléchir, juste parce que tu as pris l’habitude de voir de petites choses belles. Ça va te sembler fou. Tu vas t’agenouiller devant la plante et regarder les nervures vertes qui se déploient au soleil.

Et là, je t’assure : ton combat, cette énergie que tu auras gaspillé, tout aura valu le coup : tu te mettras à sourire.

« Être spécial, et rien de spécial en même temps »


Vu ce matin dans ma TL :
« Ma plus grande peur, c’est qu’ils découvrent un jour que je suis nulle et qu’ils se décident enfin à m’abandonner. »


 

Je voulais juste rappeler à tout le monde qu’être « nul », c’est humain. On a tous le désir un peu fou de faire des choses extraordinaires, de changer le monde, d’être « unique », alors que pour la plupart d’entre nous, soyons réalistes, les siècles à venir ne se souviendront sans doute pas de nos noms. La question que je veux vous poser, c’est : « Et alors ? »

C’est vrai ça, est-ce vraiment si grave ?

 And at once, I knew— I was not magnificent.
« Et tout d’un coup, j’ai su… Que j’étais loin d’être exceptionnel« 

Les paroles d’une de mes chansons préférées : Holocene, de Bon Iver. Dans une interview avec le magazine Mojo, concernant sa chanson Holocene, Bon Iver a dit :

« Cette chanson s’adresse à tous ceux qui ont l’impression de ne rien faire de bien. C’est une chanson sur la rédemption, le fait de réaliser que vous valez quelque chose. Que vous êtes spécial, et rien de spécial en même temps. »

Voilà. C’est de ça dont je veux vous parler. On est tous quelqu’un. Même si vous êtes quelqu’un de banal, de lambda, vous êtes unique, c’est viscéral ; il n’y en a pas deux comme vous. Avec vos défauts et vos qualités, vous êtes une personne à part entière, et une personne magnifique j’en suis sûre. Vous êtes spécial. Et rien de spécial en même temps.
Est-ce si grave d’être banal ?

Bien sûr que quelqu’un découvrira un jour que vous êtes « nul ». Tout le monde est nul, dans le sens où tout le monde est humain. Il n’y a pas de super-héros, juste des gens avec un cœur plus beau que la moyenne.

Arrête de dire qu’on va t’abandonner parce que tu es nul.le. Devine quoi ? Je suis nulle aussi. Les personnes que j’aime ont été nulles. Même les personnes que j’admire plus que tout sont nulles parfois.
Et oui, un jour ou l’autre on se fait abandonner. Parce que ça arrive à tout le monde. J’ai déjà été abandonnée. Je ne crois pas que personne ait déjà échappé à ça. Ca ne veut pas dire que c’est de ta faute.
Tu es nul.le parfois — comme n’importe qui. Mais tu es beaucoup d’autres choses aussi. Tu as un cœur en or. Tu es intelligent.e. Tu es doué.e. Si certains doivent te quitter, qu’ils te quittent.
Chasse les nuages de ton cœur. Le plus beau, c’est de te dire que si certains partent, d’autres seront restés là.

Bonne après-midi.