Chronique culturelle #4 – La saga Percy Jackson

« Croyez-moi, je n’ai jamais souhaité être un sang-mêlé. »

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Il y a un peu moins d’un an, je me suis lancée à corps perdu dans l’univers de Rick Riordan : la saga Percy Jackson, et celle qui lui fait suite, les Héros de l’Olympe. Je ne l’avais pas vraiment prévu, mais je suis vraiment tombée amoureuse de ces livres.

[ /!\ Cette chronique est garantie sans spoil ]

Introduction.

Je suis en khâgne. (C’est pertinent pour la suite, juré.) En cette qualité, et dans le but de réussir mes concours, je suis censée pouvoir maîtriser sur le bout des doigts de nombreux classiques de la littérature française. C’est évidemment excellent pour les études, et si l’on élargit, pour la culture générale, et je ne me plains pas. Mais depuis un an, je me rendais compte que je ne lisais plus du tout, à part les livres obligatoires pour les cours -ce qui représente un volume conséquent, ok, mais je savais que je pouvais faire mieux. Je pouvais faire mieux, mais je ne voulais pas : j’avais tout simplement perdu l’envie de lire.
Avouez qu’en khâgne, c’est gênant. Mais je me rendais compte que cela faisait trois ans – peut-être même quatre – que je faisais que des lectures “utiles”, réutilisables en dissertation, des lectures complexes desquelles je tirais pour la plupart du plaisir sans être transportée. (À part pour les Misérables, mais en même temps, LES MISÉRABLES ) Ainsi, à chaque livre en librairie que j’ouvrais, je lisais dix pages puis me disais “mais il ne va me servir à rien”, et le reposais. Au lieu de me faire lire plus de classiques, cette technique, je m’en rendis compte trop tard, me dégoûta et je finis par ne plus rien lire du tout.

À la rentrée 2017, faisant part de mes doutes à un ami, celui-ci m’envoie en e-book le premier tome, Le voleur de foudre, me disant que ça se lit vite et que je ne perds donc pas trop de temps à essayer (le monsieur étant lui-même passé par la khâgne, il sait que le temps libre y est compté). Je ne le sais pas encore, mais un petit monde s’ouvre à moi.

Le fond.

Au départ, s’il m’a conseillé ce roman jeunesse, c’est parce que mon ami connaît ma passion pour la mythologie gréco-romaine (surtout grecque, en réalité, mais n’importe quelle conversation sur la mythologie me laisse un air béat). Sur ce point, Percy Jackson peut à la fois être très jouissif et assez frustrant : les livres sont très bien documentés, font référence à des épisodes mineurs de la mythologie dont peu, je pense, ont entendu parler, et mettent en scène la totalité des dieux du panthéon. Mais dans le même temps, il se permet certaines libertés, en donnant à certains dieux un aspect pour le moins ridicule – de manière générale, c’est très drôle, mais cela peut s’avérer compliqué, pour le lecteur féru de mythologie, de se séparer de ses mythes personnels. Je suis par exemple personnellement très frustrée par Dionysos, ma divinité préférée, dieu du vin mais aussi du désordre et du théâtre – qui est dépeint dans la saga comme une sorte de petit pochetron tyrannique (il faut bien attendre trois tomes avant qu’une étincelle de badass ne l’éclaire).

– Vous êtes Dionysos, ai-je dit. Le dieu du vin.
Monsieur D. a roulé les yeux.
– Qu’est-ce qu’ils disent, les jeunes de nos jours, Grover ? « Trop fort ! », c’est ça ?
– Ou… Oui, Monsieur D.
– Trop fort, Percy Jackson ! Tu croyais peut-être que j’étais Aphrodite ?

En dehors de cela, je suis très sensible au côté safe des livres de Rick Riordan. Percy Jackson est l’une des rares sagas pour adolescents qui met en scène de manière indifférenciée des personnages neuro-atypiques (une immense majorité d’entre eux est dyslexique et a des troubles de l’attention) et des personnages racisés – beaucoup de minorités sont des personnages récurrents de la première saga, et dans les Héros de l’Olympe on compte dans les personnages principaux trois personnages latinos (Hazel, Léo, Reyna), une native american (Piper) et un sino-canadien (Frank). Dans les derniers tomes, on voit également apparaître un personnage  LGBT qui, disons le clairement, est tellement bien traité que j’en ai pleuré plusieurs fois. Je n’aurais peut-être pas remarqué tout ça adolescente, mais aujourd’hui mon féminisme influe évidemment sur ma lecture, et je suis heureuse de voir qu’un tel monument de la littérature pour ados soutienne si bien ce regard critique. Je suis de celleux qui pensent qu’on n’accorde pas assez d’intérêt à la littérature non-adulte, que ce soit les œuvres pour ados ou les albums pour enfants ; je pourrais en débattre des heures, et Percy Jackson a mis de l’eau dans mon moulin.

La forme.

Comme je l’ai dit, j’avais besoin de lire quelque chose de facile, quelque chose qui tranchait véritablement avec Flaubert, Rousseau ou tout ce que j’avais lu en continu pendant trois ans. Pour le coup, Percy Jackson, c’était le bon choix. On ne peut nier le caractère “simple” du style, qui est nettement orienté pour les adolescents – pas de métaphores filées sur sept lignes comme Proust (que par ailleurs j’aime beaucoup) dans les pages de cette saga. Mais cette simplicité a également son charme, car elle fait de la place pour un caractère presque didactique des livres concernant la mythologie. De plus, s’il est simple, il n’est pas simpliste pour autant. Le style est très fluide et on est vite happé par l’histoire et les personnages, et si les livres se lisent vite, ce n’est pas seulement parce que c’est écrit plus gros qu’un Balzac.

Le souci des livres selon moi, c’est leur construction. Le récit est toujours resserré sur quelques jours ou semaines, un mois au maximum, pour pouvoir créer un suspense, mais quand on lit la saga à 19 ans et pas à 12, on aperçoit les ficelles -assez grossières- du récit, même si la deuxième saga est beaucoup plus satisfaite que la première à ce niveau. De plus, il n’y a pas vraiment d’enjeux, car étant dans la littérature enfantine, on se doute que les personnages principaux ne vont pas mourir, et les situations dangereuses dans lesquelles ils se trouvent peuvent ne pas nous faire aussi peur que le voulait l’auteur.

Néanmoins, c’est aussi ce que j’aime : quand je lis Percy Jackson, je pose mon cerveau dans un coin, j’accepte de redevenir au moins un peu une enfant de douze ans qui a le droit d’être surprise devant un plot twist qu’une “grande” aurait vu venir.
Je voudrais également saluer l’excellente traduction française de l’ensemble de la série, qui fait réellement honneur au style d’origine et est réalisée par Mona de Pracontal.

Bilan.

Pour conclure, vous ne serez sans doute pas emballés par Percy Jackson si vous cherchez une lecture sérieuse et exceptionnelle. Mais il y a dans cette saga et les suivantes de vraies bonnes idées, une efficacité du récit et un côté assez jouissif – même pour moi – à voir Zeus qualifié de caractériel ou Apollon être l’archétype du fuckboy sympathique. Alors si vous voulez faire un break, oui, clairement, je vous conseille cette série de livres. Vous ne le regretterez pas, je pense 🙂

Avez-vous lu Percy Jackson ? Si ce n’est pas le cas, quelle est la saga adolescente pour vous qui gardera pour toujours votre approbation ?

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Je suis une autrice

Miroslava Zetkin

J’étais tellement petite quand j’ai commencé à rédiger des histoires que je n’ai absolument pas songé à la façon dont il convenait de me qualifier. D’ailleurs, je n’écrivais que de petites histoires par-ci par-là, le plus souvent basées sur des œuvres fictionnelles, et la profession à laquelle j’aspirais était celle de vétérinaire. En grandissant, j’ai par contre commencé à me poser des questions sur le mot qu’il convenait d’utiliser pour définir mon écriture. J’ai peu à peu cessé de la considérer comme un « simple » passe-temps sans importance, et ça a notamment été très vrai lorsque j’ai terminé mon premier roman –entièrement original, celui-ci. A ce moment, même si je ne me considérais pas comme un auteur professionnel ni même n’envisageais de le devenir, je n’ai pas trouvé disproportionné de me qualifier d’écrivain. J’écrivais des histoires, beaucoup, qu’elles soient fanfictionnelles ou originelles, et j’étais capable de mener à terme des…

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Le mouvement pro-vie, c’est quoi ?

Un article sur les « pro-vie » qui fait suite au mien, et que je trouve très beau et bien pensé.

L'IB - L'Information Bréquigny

L’envie d’écrire cet article m’est venue à la lecture d’un texte sur le sujet. J’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice, sans doute de répéter un peu ce qui a été dit dans l’espoir que ce soit entendu.
Comme l’auteure, ce nom me fait rire.
Pro-vie. Vous êtes pour la vie de ce petit être qui grandit tout doucement dans le ventre d’une demoiselle. Vous êtes contre l’idée que cette demoiselle puisse ne pas avoir eu envie de ces petites cellules qui se multiplient, se démultiplient, se transforment en embryon, en foetus… Vous êtes contre l’idée que cette demoiselle veuille se débarrasser de ce futur bébé. Pourquoi aurait-elle un droit quelconque sur cette chose dans son ventre ? La vie est là, la femme concernée n’est plus en droit d’avoir une opinion sur la question.

Spoiler, si.

Vous vous permettez de juger une femme qui avorte ? Peu importe l’âge…

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Je suis « pro-vie ».

J’étais en train de scroller tranquillement dans ma TL, zigzagant entre spoils de Homestuck et discussions pseudo-philosophiques, quand j’ai vu passer un tweet « pro-vie ». Mais si, ce mouvement principalement et originellement américain mais qui se développe dans les autres pays, comme la gangrène ou le cancer, matez comme cette comparaison est appropriée. Vous savez, ce mouvement qui dit que l’avortement est un immonde péché.

J’ai envie d’écrire là-dessus depuis un certain temps mais je me suis retenue, je me suis mordu la langue parce que sur Twitter on ne sait jamais ce qui peut se passer. (Et j’ai pas trop envie de me prendre des commentaires réac dans la tronche m’voyez.)

J’ai envie d’écrire là-dessus parce que putain, qu’est-ce que je déteste le nom de ce mouvement, au moins autant que le mouvement lui-même.

Je le déteste parce que moi, je suis « pro-vie ».

Je suis pro-vie et je suis pour l’avortement. Parce que ça ne me semble pas paradoxal. Parce que c’est le contraire qui est antithétique.

Oui, je suis pro-vie. C’est-à-dire que je suis pour l’avortement pour toutes, sans slut-shaming et toutes ces conneries qu’on peut lire alors que bordel on est en 2016. Je suis pour l’avortement parce que ce n’est pas une action que nous les femmes prenons à la légère malgré ce que certains semblent penser, ça ne fait pas de nous des inconscientes, ça ne fait pas de nous des immondes tueuses d’enfants.

Par contre, vous, les soit-disant « pro-life », demandez-vous si vous n’êtes pas des meurtriers. Vous, qui forcez des femmes à avoir des enfants qu’elles ne désirent pas, à des moments où elles ne peuvent pas se permettre d’en avoir, pour satisfaire votre virilité et les couilles qu’à mon humble avis vous n’avez pas. Demandez-vous si vous n’êtes pas les tueurs de l’estime de soi/la jeunesse/la volonté propre de ces femmes. Demandez-vous si vous n’êtes pas les assassins de l’enfance du gamin qu’elles vont avoir, alors qu’elles n’auraient pas dû et que tout va être plus compliqué dorénavant.

Moi aussi je suis pro-vie ; mais je n’ai rien à faire avec vous, et l’usage que vous faites de ce terme me dégoûte. La vie que je défends, c’est la vie de ces femmes que vous forcez psychologiquement, par vos menaces, votre discours sexiste, votre idéologie puante, à faire ce qu’elles ne veulent pas faire.

Oui, je suis pro-vie. Sauf que pour moi, la vie qui doit être défendue n’est pas celle d’un amas de cellules qui n’est pas encore une personne. Mais celle d’une femme ayant le droit de faire des choix.

Je suis pro-vie.

Pas vous.