Nymphe

Je me demande si
                      un jour tout arrêtera de faire mal ;
Le soleil dans les yeux trop fort au matin
Un être aimé qui s’enfonce dans l’abyssal
Elle, son dos contre mon coeur et la nuit qui s’éteint.

Il semble que j’ai été créée
                      à mi-chemin entre le verre et l’acier trempé
L’important glisse sur moi comme une pluie d’été,
Mais ma larme a un rire au souvenir de mai.

Tout est trop dur et trop joli, je suffoque à la moindre averse
Rien ne me touche et tout me bouleverse.

Qui suis-je, entre la plume et le plomb,
Entre la mousse et le béton ?
Je grandis, je crois– c’est grandir, je crois
Ce processus, ainsi on l’appelle, je crois.

Je ne sais plus où termine la peau, où commence l’armure
Je suis pleine bouillonnante dans une maison vide
                      dont il me reste à remplir les murs.

Où termine la peau, où commence l’armure ?
Approchez, vous verrez comme tout me remue
Approchez-moi
                      je suis en pleine mue.

 


 

Quelques nouvelles
La fac me laisse peu de temps pour moi mais je continue d’écrire (des poèmes principalement, mais j’ai aussi une nouvelle en cours, que j’espère terminer un jour où l’autre, et j’ai enfin commencé la partie deux de mon roman).
Ces derniers temps, je pense de plus en plus à tenter d’éditer ces poèmes — je ne pense franchement pas que ce sera un succès, mais qui ne tente rien n’a rien après tout !
Je sais que ce WordPress n’a pas une visibilité débordante, mais j’ai quelques abonné⋅e⋅s et autres lecteur⋅ice⋅s régulier⋅e⋅s, et leur présence constante m’aide beaucoup. Alors merci ! 

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barricades.

in our bedroom after the war
when the sky hangs heavy and clear
the flowers grow out, smell of moor
too big too bright standing too near  

where was it i saw you, again?
where was it you were last alive?

and loud is the room’s emptiness
as are the near-cracks i behold
as the rolling thunders suppress
the shivering in nights you called

“the best thing to ever exist”
when was it you last existed?

when was it, the last time you fled

last time you came back from the dead

in our bedroom after the war
when the sky dives towards us blue
and the sunflowers, yellow hue,
splatter quietly on the floor

i’ll find you again,
and i’ll think:
surviving- we figured the trick.

 

*

17.05.18
inspired by Stars’  In Our Bedroom
After The War
 album cover.

in our bedroom after the war

L’incendie

 

la fumée s’est répandue dans la maison
a frotté ses tentacules contre mon front
poussé les murs laissé des traces d’encre aux fenêtres

tout devient gris gris gris souris
tout devient gris

j’ai mis le feu pour ne plus rien reconnaître
cette maison familière me faisait frissonner
enfin ma carte des lieux est à incompléter

*

j’ai mis le feu pour que tout sente pareil
que le bois pendant l’été derrière la barrière,
(on est en août les arbres ont l’odeur de la fièvre je m’y perds)

c’était hier c’était la veille
derrière le grand pin une flaque, je me penche
l’image qu’elle me renvoie a la peau trop blanche

(il y avait une présence au fond des bois,
ce n’était pas moi)

*

je cherche encore mais la fumée m’embrouille l’esprit
je cherche encore mes poumons sont noirs de suie
tout devient-

*

autre était mon reflet ce jour-là
Autre la présence au fond des bois

(dans le silence l’Inconnu écarta la cendre
et m’avala.)

 


 

Ecrit pour le concours de ma prépa “Les bouilles lettrées”
Thème : L’autre/le miroir
Consignes : En mettant en lien ces deux notions, vous écrirez un poème de 10-30 lignes ou une nouvelle de 2-3 pages.

tableau

écrit pour le défi photo-poésie de fleurdeflocons !


 

Trois petits pas ont avancé
Lassés de fouler le plancher
Trois petits pas sur l’herbe tendre
Décidant d’oublier la cendre

Sur la ligne de l’horizon
Que l’on accroche à nos talons
La terre et le ciel sont rejoints
Idéal, réalité peints

On dirait un dessin d’enfant
On foule l’herbe jaunissant
Puis les tentures se soulèvent
Et au delà,  

un rêve

un rêve.

Election Day

Et là
Sur la douleur de l’onde,
Je regarde au-delà de la buée
Menaces au bord de moi
J’y survivrai
(peut-être)
 .
C’est le moment d’espérer qu’on me laisse encore être un peu moi
 .
Le bruit et les gens qui passent
Moi au milieu du carrefour
Plus de foi, si ce n’est pour qu’une voiture
M’écrase
Informations, transmissions, réceptions,
Skyline névralgique
Et moi au milieu du carrefour
Capitale du désespoir.
.
.
9.11.16

NB : J’ai retrouvé dans mes notes ce poème écrit en 2016 et resté alors à l’état de brouillon. Un petit mot de contexte : nous étions le neuf novembre, le lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, et je me sentais – dans ma condition de femme, dans ma condition de queer, dans ma condition de moi de manière générale – très touchée et menacée par tout ça. Ce n’était évidemment pas soulagé par tous mes camarades de classe qui s’étaient moqués au matin de mon visage défait (mais pourquoi t’en fais tout un foin, c’est pas la France, c’est loin, les lois qu’ils vont passer ne te toucheront pas) sans comprendre que c’était le climat global de haine qui me touchait ; un climat que l’élection de Trump avait non pas provoqué mais souligné, montré avec une franchise difficile à supporter pour moi à l’époque. D’autant que je revenais de vacances d’été sur la côte Est des Etats-Unis et que je ne pouvais pas croire que ces lieux qui m’avaient tellement inspirée et fait respirer (NYC, Boston, Washington principalement !) se retrouvaient avec un tyran pareil à leur tête.
Je me souviens très bien de ma petite sœur, à la table du petit déjeuner le lendemain matin de l’élection, qui me voyant arriver m’a dit : « C’est le moment de commencer à paniquer. »
Après le lycée, en rentrant à la maison, je suis passée devant un gratte-ciel près de chez moi vitré du sol au plafond ; brusquement j’ai eu une réminiscence de mes vacances à New York et de tous ces buildings vitrés, et j’ai senti une véritable détresse, l’impression que le monde entier était lié dans la haine, que de la froideur des vitres miroirs de Villeurbanne à celles de New York il n’y avait qu’un pas. Cette route, ce gratte-ciel, ce lampadaire à côté de moi, à ce moment-là, étaient le centre du monde, un trou noir qui m’attirait et m’engloutissait.
Puis le feu est passé au vert pour les piétons et j’ai été tiré de mes pensées par quelqu’un, un collégien j’imagine, qui m’a bousculée pour traverser.  C’était un instant très étrange et comme retiré du temps.
(J’imagine que c’est sur les instants étranges et retirés du temps qu’on fait des poèmes.)

nox

Il fait noir la fatigue s’installe
Que faire
Il fait noir j’ai le coeur qui bat kaboom kaboom

Il semble que tu n’arrêteras jamais de me manquer
Un nuage, une buée ; je te vois comme à travers de la fumée
Presque ici et complètement absent

Je tends la main et ne rencontre que ton vide
kaboom kaboom
Pourquoi c’est si retentissant le souvenir de ta présence

Je tombe tête la première dans le rêve de nous
Que faire
Arrêter d’écrire tard dans la nuit.

mise en abîme de la pitié

Un jour il faudra bien te laisser vivre
Décider peut-être de démêler les mains autour de ta gorge
Nous, s’asseoir en face de toi te répéter que “ça vaut la peine”
En espérant que tu finisses par le croire.

Tu dis, la mort c’est une décision que tu attends de prendre
Mais mourir est le choix par défaut
C’est vivre la décision.
Si on te laisse c’en est fini de toi
Si on te laisse une seconde tu t’effondres et tu brûles
C’est une décision consciente tous les jours de te faire continuer à exister.

Tu danses en voulant tomber
On veut encore te rattraper
Le corps vrille –

Le geste est décidé
mais l’intention vacille.