Protégé : [auto-traduction] big girl now.

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big girl now.

standing away from the crowd
looking right into your eyes
this is where it all begins, perhaps

standing away and so near
looking back at all my fears
will they ever disappear, i wonder

and i
i
hoped i would change the world
hoped it would stop spinning so fast
hoped everything would be alright

but guess
what
the world still turned
the wounds still burnt
and the world changed me instead;
is that a bad thing, i wonder.

standing right, wearing my crown
made out of trash, evergreen and lead, everything at once
in the end this is when it all really starts

a beautiful tragedy
when the world forces you to face your fears
when you have no choice but not to be weak

and i
i
would love to lie down in the ruins
would love to get to be a crybaby
as i was before, childish, childish me
crying for pointless things instead of covering a heart becoming steel

but guess
what?
remember when i wished i had kissed you that night
remember your hand on the small of my back
remember when we first met
you had a bad feeling and i said: “still, don’t you wanna try”

(and you’d said i’d break your heart
but darling it’s alright
i guess that’s alright
we’re even, i’d break mine

too.)

ça ne m’a jamais posé problème.

*

ace autocollant

*

pas de haine retournée contre soi-même

ça arrive aux autres. j’ai eu la chance de m’aimer tout de suite.

pas de coups dans la rue

“pas comme les gay”, comme si l’appartenance à un groupe se comptait en coups.

pas de proches qui froncent le nez

“tu n’as pas trouvé le bon encore.”

personne qui veuille me guérir

ça arrive aux autres. j’ai eu de la chance.

 

j’ai eu de la chance :

ça ne m’a jamais posé problème

 

mais

 

les regards des gens quand je disais

“je ne vois pas en quoi c’est mal de finir vieille fille” en troisième

pas encore de jugement, mais une incompréhension, un fossé

ou ma grand-mère qui ne m’a pas écoutée avant

son discours, son “protège-toi si jamais…”

un peu plus tard, en seconde

(avec des points de suspension qui laissaient présager quelque chose d’ambiant,

pas assez concret pour que je l’attrape

une imitation de ce que le sexe serait plus tard, une notion, une fumée)

ou ma propre communauté

m’envoyant en pleine face que si les filles ne m’attiraient pas romantiquement parlant,

je ne serais pas assez LGBT pour eux

pas assez marginale, pas assez malaimée ou oppressée

alors qu’il y a déjà un fossé entre le monde et moi

une fracture nette comme un fémur brisé.

ça ne m’a jamais posé problème mais

ça posait problème aux autres, je crois

 

ça ne m’a pas posé problème mais

avoir enfin un vrai quelqu’un

on en discute par sms, longuement

-la distance rend la chose plus simple-

on s’envoie des je t’aime au bout d’une semaine

mais dire “au fait”

prend quelques mois

“au fait

je ne crois pas que j’aurai envie de coucher quand on se verra”

(“au fait

je crois que j’aurais peur que tu tentes quelque chose

une panique stupide

viscérale

que tu tendes la main vers moi et que je disjoncte”)

(le soulagement absolu quand on me dit “pas de problème”)

 

ça ne me pose pas problème, mais

-deux ans plus tard- pour un je n’ai jamais

je ne bois pas à je n’ai jamais voulu faire un plan à trois

et une amie dit “ah bon

mais je pensais que, avec M et C…”

je dis :

“oh non”

“oh non, un plan à trois,

ou même un plan à deux

moi, tu sais…” et je ris

(pour cacher le malaise qui m’a prise,

le vrai malaise de m’imaginer qu’on ait pu croire que je voulais coucher

comme si on s’était approprié mon corps sans mon accord

le fantasme de moi dans leur esprit si totalement séparé de mes vraies intentions

que je ressens en plein milieu de cette soirée une rupture profonde

béante

entre eux et moi)

 

mais j’ai eu de la chance :

 

ça ne m’a jamais posé problème

pas vraiment.

giving some news

Hi there,

I apologize in advance, I think I’m gonna write in English for this one article; I’ve been translating ALL DAY ALL NIGHT lately and this masochist move has affected me a lot, since I can’t even seem to think in French anymore.

I’m sorry the blog hasn’t had any recent upload in the past few… weeks, months maybe, I don’t know. I’m not particularly worried about the impatience of a hypothetical fanbase, since no one seems to read this blog (it’s alright, I think I wouldn’t read it either, I merely do it for my own purpose anyway.) Thus, perhaps this article is all about apologizing to myself and making things clear. I tend not to work very well or quickly if I don’t know where exactly I’m heading to, and I found that my goals are kind of messy at the moment!

As I said, I’ve been translating like crazy, and fighting a lot of battles at the same time. I first started to translate two different academic essays: one in English, one in German (I figured I should try translating in my third language as well, and though I need a dictionnary next to me all the time, I have to say it is quite fun -and I am quite surprised-).
These two essays are called Homosexuality at the online Hogwarts and All of the Greek and Roman Classics; both of them are about fanfictions and pop-culture, and how they are influenced either by current sociopolitical context or ancient references/intertexts. I actually plan on publishing my French translations on edu.com when I’m done, since I have the authorization of the original authors!

I also started to translate (with her agreement!) Celine Schillinger’s blog, and I’ll keep you updated about it as I am very excited about how it will turn out!

And finally, I plan on doing the NaNoWriMo again this year. You might not know the NaNo: its full name is National Novel Writing Month and the idea, to put it simply, is: you get to write a full 50K-words novel in one month, from November 1rst to 31rst.
The thing is, I’m terrible at long stories, I can’t even seem to write novels of more than 5 Word pages; so I won’t be using the NaNo this way. Last year, the alternative I found was the following: ‘if you don’t write 50K words, at least try to translate 50K words.’ I actually translated about 30K, which was quite good knowing 1. I hadn’t planned on doing it and only started a week and a half after the others (on the 9th of November I think) 2. Prépa isn’t the least time-consuming course of study and I had tons of tests to prepare, and still managed to pull out about 2K words per day.

And when one of those projects is over, I think I’ll try translating some TedEx talks as well (but this isn’t my concern for now, I have too much on my plate already).

So that’s it folks! Two academic essays (20 pages long each…), plus one blog, plus 50K of fictions and fanfictions for the NaNoWriMo. With my family we also plan on going to Turin for the All Saints’ vacation this year, and though I went last year, I feel like it’s been years since the last time I was in Italy and I’m so! happy!! I get to finally see Turin!!! (and its apparently wonderful Cinema Museum. yay. i’m exCiTED). Also, I’m doing just fine in Prépa for now, my grades don’t suffer quite as much as last year, and it’s so cool to see I’m getting somewhere! (I just have to plan my work/nap time more carefully) In short: lots of projects, lots of good news, lots of keeping my head above the water and denying my sleeping cycle. To quote « Hamilton, a American Musical » (which I’ve been listening ad infinitum): Look around, look around at how lucky we are to be alive right now. 

Thank you for reading my rambling, and I’ll see you soon!,
Good day, guys, gals and non-binary pals 

Si l’on ne voit pas devant soi, c’est peut-être que l’on tient un bouclier.

toute cette merde qu’on vous envoie dans la gueule, quand je pense qu’on est des millions sur Terre à avoir aussi mal j’ai juste envie de tout casser, quand vous avez mal j’ai envie de tout casser
– najem

Je vous vois.

Les gens qui se plaignent et les gens qui pleurent et ceux qui se battent et se débattent et ceux qui se noient, ceux qui se débattent alors même qu’ils coulent, c’est peut-être les plus belles personnes du monde celles-là, avec les heureux.

(Est-ce que je suis la seule à voir le monde comme ça, avec des lunettes d’empathie qui pèsent lourd sur mon nez)

De manière générale, c’est une grande question je crois ; est-ce que je suis la seule à fonctionner comme je fonctionne. Ou plutôt comme je ne fonctionne pas.

Moi j’ai peur, parce que j’ai l’impression que ce monde n’est pas fait pour moi. Je ne parle même pas de la difficulté à être une femme, de nos jours et de tous temps ; je ne parle même du fait d’être mogai et de se savoir en danger quand on tient une mauvaise main. Non, je parle- c’est difficile- je parle du fait de rester petite.

Il y en a certains qui restent enfants toute leur vie. L’aviateur du Petit Prince, ô combien j’ai rêvé d’être l’Aviateur du Petit Prince. Mais moi je ne reste pas enfant ; je reste pathétiquement petite.

J’ai l’impression d’être naïve, de ne rien mener à bien, de n’être pas faite pour arrêter mes études un jour, de ne jamais vouloir partir de la maison parentale, de m’effondrer à chaque pas dans mon immaturité, et en un mot : j’ai l’impression que ce monde va me bouffer tout cru.

Je suis dysfonctionnelle ; ça fait quelques années que je le sais mais seulement maintenant que je me prends les conséquences dans la figure.

(A-t-on idée d’à quel point c’est dur, d’évoluer dans un monde que l’on ne comprend pas et qui ne veut pas jouer selon ses règles)

On m’a dit récemment. Pas à moi exactement mais ça n’a aucune espèce d’importance. On m’a dit je ne peux pas dire je t’aime et je ne fonctionne pas bien.

(« je n’y arrive pas pardon, je suis comme ça, je ne fais pas exprès d’exister aussi mal »)

Je suis dysfonctionnelle. Et c’est drôle, parce que j’arrive très bien à dire je t’aime. Ma mère m’a dit quand j’étais petite il ne faut pas dire je t’aime trop vite, c’est un mot important et qu’il ne faut pas gaspiller.

Je me demande, si je t’aime est un mot si important, si essentiel, si puissant, peut-on vraiment le gaspiller ?

Peut-il vraiment tomber dans l’oreille d’un sourd ?

Je suis dysfonctionnelle et j’arrive à dire je t’aime parce que c’est peut-être la seule chose sensée de ce monde, l’amour. La seule chose aussi qui arrive à concilier le monde et moi. Je ne suis pas faite pour le travail, je n’ai aucune espèce d’indépendance, je ne rends aucun dossier à l’heure, je me mets des bâtons dans les roues inconsciemment dans l’espoir de rater mon avenir et de rester un bébé sans doute, et le monde me bouffera tout cru sans doute — mais j’ai encore le pouvoir de dire je t’aime. Ça, j’ai le droit, parce que c’est tout petit, criard, immature, capricieux de hurler son amour à la face du monde – je t’aime et je veux être avec toi, et toi, et toi aussi – mais que j’ai rarement vu quelque chose d’aussi beau et que j’y trouve ma place.

(Si vous saviez seulement à quel point je vous aime.)

J’aime l’amour, de toute mes forces. Même s’il me donne l’impression d’appartenir quelque part, d’avoir un coin à moi, un œil de la tempête. Même s’il me remplit la tête de merveilles et d’illusions. Même si non, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche. Même si l’amour n’a jamais permis d’être indépendante, de trouver du travail, de se sortir les doigts du cul, d’écouter maman quand elle dit « grandis un peu enfin ! »

L’amour, ça allège ma seule certitude : un jour, je vais me faire bouffer tout cru. Alors je m’y complais au maximum.

« Si, comme c’est trop probâbe, je dois faire cette dernière connerie,
je la ferai du moins en brave con »
Verlaine, lettre à Arthur Rimbaud, juillet 1873

 

2017 sera culturel ou ne sera pas.


Bonjour/soir ! J’ai décidé de tenir ce blog de manière plus régulière (l’ayant un peu laissé à la dérive), et en conséquence, j’ai voulu entamer cette résolution avec un article assez léger : mes résolutions culturelles pour 2017.

A noter que certain.e.s des livres/séries/films/autres que je cite feront je l’espère l’objets de petites chroniques culturelles dédiées !

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16 novembre, trois jours après.

Ce lundi était redouté. A cause des événements de vendredi, et parce que la réaction du corps professoral n’avait pas été très encourageante pour le 11 janvier – le seul prof à nous en avoir parlé était mon prof de philo (qui par ailleurs avait été absolument génial, mais il n’empêche).

J’appréhendais donc un peu ce qu’on allait nous dire. Parce que très sérieusement, j’avais passé un week-end assez merdique, comme à peu près la France entière, et que je n’étais pas d’humeur à entendre des conneries.

Mais mes profs ont cassé absolument tous les compteurs de l’awesomeness. Ils ont été splendides, et je pourrais limite m’arrêter là, parce que j’ai pas grand chose d’autre à dire. Par le biais de ce billet qu’ils ne liront jamais, je voulais juste leur dire un putain de gros MERCI.

J’ai eu quatre cours aujourd’hui : allemand de 8h à 10h, puis géographie de 10h à midi, puis histoire de 13h à 17h, et enfin latin de 17 à 19. (Comment ça ? Lundi super long ? Journée de merde ? OUI.) Et tous, absolument tous ont eu une approche instructive et différente. Laissez-moi vous conter tout ceci (mais si, je t’assure, ça va te plaire).


 

Allemand – l’émotion.

Il faut savoir qu’au départ, je n’adore pas ma prof d’allemand. Je ne la déteste pas, loin de là, mais je n’ai de toute manière pas une très grande tendresse pour cette langue (et puis le créneau de 8 à 10 un lundi ne contribue pas à mon amour de la matière). Mais ce matin, elle est montée tellement fort dans mon estime qu’elle aurait pu me foutre un coup de poing dans le ventre, ç’aurait été pareil. Elle nous a averti dès le départ qu’elle n’aurait sans doute pas les réponses à nos questions, mais qu’elle était d’accord pour qu’on dise tout ce qu’on avait à dire. Elle avait les larmes aux yeux, la voix qui tremblait un peu. Elle a instauré un vrai dialogue, a laissé parler tout le monde, s’est vraiment fondu dans notre masse, s’est mis à notre niveau.
De plus, quand un garçon de ma classe a pris la parole pour expliquer que c’était dur pour lui, qui connaissait quelqu’un qui se trouvait au Bataclan (il s’en est sorti, son état est stable et par ailleurs ce garçon ne se fait pas de souci, mais le choc est quand même violent). Il explique également qu’il avait trouvé ça irrespectueux de nous forcer à venir le lendemain, samedi matin, pour nous faire faire un contrôle de philo, qu’il avait eu beaucoup de mal et qu’il avait personnellement rendu copie blanche en protestation. Venir, faire de la philo, selon lui pourquoi pas (l’intelligence et la culture sont le meilleur moyen de répondre à des attaques pareilles) mais tout le monde était en larmes et incapable de travailler et selon lui, la note devrait être facultative.

La prof d’allemand, et c’est ça surtout qui m’a profondément émue, a tiqué immédiatement quand elle a su qu’on avait dû venir le samedi matin. Tout d’abord, elle a été choqué que ça n’ait pas été annulé (ça, j’imagine que ça dépend de l’opinion de chacun) mais surtout, elle s’est montrée vraiment compréhensive. Elle nous a demandé si on avait réussi à travailler dans ces conditions. On a répondu que non évidemment, qu’une fille de l’autre classe avait même fait une crise de panique 20 minutes après le début de l’épreuve, que beaucoup pleuraient.

Alors oui, c’est pas grand chose. Et ça n’a pas grand-chose à voir non plus avec les attentats de vendredi. Mais ce matin, en arrivant à 8h au lycée, on avait besoin avant tout d’humanité, pas de beaux discours.

 

Géographie – les faits, le concret

La prof de géo a eu une approche totalement différente. Alors qu’on avait passé qu’une demi-heure (intense, mais une demi-heure quand même) dessus en cours d’allemand, là on a passé deux heures à en parler en long en large et en travers.
Ma professeure de géographie a abordé tout ça d’une manière très factuelle : elle a tout d’abord demandé s’il y avait des questions purement géopolitiques. Celles-ci se sont étendues sur près d’une heure, où on a pu poser les questions cons qu’on ne pose jamais, comme « c’est quoi la différence entre Al Qaïda et Daesh ? », « pourquoi Hezbollah qui est également islamiste combat Daesh ? », « pourquoi c’est la merde ? » (bon là j’édulcore), etc. Chose intéressante, on a également abordé la question de notre propre culpabilité dans cette histoire — comment se fait-il que des gens nés sur le sol français et élevés dans les valeurs de la République en viennent à des extrémités telles que le Djihad ? Cette question de la culpabilité nous a fait abordé le point des faiblesses de l’éducation et l’école, les idées qu’on aurait pour améliorer ça, le point de vue de chacun, on y a vraiment passé un long moment, sans bâcler, en allant au bout des choses, et c’était bien. Personnellement ça m’a remis beaucoup de choses en place.

Ensuite, la prof nous a donné plein de trucs qu’elle avait photocopié le week-end ou le matin même. Elle nous a tout d’abord donné une liste de documents et articles en ligne, si l’on voulait se renseigner davantage — arguant qu’on n’aurait pas le temps de les voir aujourd’hui mais qu’elle voulait nous donner des pistes. Et j’ai trouvé ça génial. Je vous mets d’ailleurs sa fiche PLUS BAS DANS LES ANNEXES, si vous voulez comme moi vous renseigner, on trouve vraiment de tout, c’est très complet et vraiment c’est une super initiative.

Puis elle nous a filé des photocop des éditos du Monde, de Libé et du Figaro — elle avait délibérément choisi ceux-ci car l’un représente le centre, l’autre la gauche et le troisième la droite. Pendant le reste de la deuxième heure on a étudié ces trois éditos pour voir comment les différents partis (au pouvoir, oppositions) et idéologies abordaient le sujet, leurs différences, etc. Bref, pas du tout le même registre que les heures précédentes, mais c’était vraiment bien, et je suis sortie de ce cours en ayant l’impression très forte d’avoir agrandi mon champ de vision.

 

Histoire — court mais efficace

Je ne m’étalerai pas, parce que la prof elle-même n’a pas dit grand-chose (elle savait qu’on en avait pas mal parlé dans les cours d’avant). Néanmoins, elle a tenu à nous dire que ce n’était pas parce qu’on en parlait aujourd’hui, actualité oblige, que tout serait oublié dans une semaine ou un mois ; et surtout, elle nous a dit que si nous, on se sentait mal dans une semaine ou un mois, le sujet n’était pas clos définitivement et elle serait toujours disponible pour qu’on en parle.

 

Latin – « A quoi bon le poète dans des temps de détresse ? » (Hölderlin)

J’aborde le dernier point de cet article déjà beaucoup trop long. Sachez que je n’ai pas tout retenu, mais je mets ici les principales pistes qu’on a abordé. (Je tiens à dire qu’il n’avait rien préparé sauf pour les khâgnes, par manque de temps j’imagine, et qu’il nous a plus ou moins pondu tout ça sur le coup. Pour vous montrer le génie du mec, quand même.)

Mon professeur, Monsieur K., a abordé tout cela non sous l’angle exact des attentats mais sur la réponse qu’on pouvait offrir aux terroristes, notamment avec la question de l’Art. Sa problématique partait en partie de la citation d’Hölderlin que j’ai cité plus haut : A quoi bon le poète dans des temps de détresse ? En effet, à quoi donc sert l’Art dans un contexte comme celui-là ? N’est-il pas futile de se tourner vers la peinture ou la littérature ?

Pour commencer, Monsieur K. a évoqué Le Temps immobile, aka. les mémoires de Claude Mauriac (fils du célèbre écrivain François Mauriac). Celui-ci écrivit un jour : « Sous l’occupation allemande, seuls tenaient les vers de Hugo. »

Cette phrase de Mauriac fait écho à une doctrine développée par Nietzsche, symbolisée par sa phrase très connue : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité. » En effet, selon Nietzsche l’arrière-fond originel du monde est la souffrance et le tragique, quelque chose d’incertain et trouble, qui se rapproche de la notion grecque du dionysiaque (liée à Dionysos, qui incarne la folie, la démesure, le trouble, et a souvent une une connotation magique) ; or, dans l’Antiquité, on associait souvent le dionysiaque à l’apollonien (lié à Apollon, dieu des Arts et de la Beauté), car Apollon était tout à la fois opposé et complémentaire à Dionysos. Selon Nietzsche, Apollon jugule le dionysiaque, dans le sens où il permet de cacher la vérité. Mais non pas la cacher et l’oublier à jamais, plutôt la cacher comme des lunettes teintées nous cachent le soleil — nous permettant alors d’entrer en contact avec cette vérité qu’on ne peut généralement approcher, trop douloureuse.

« Le poète, en plus de la mort, détient en lui le poids de toute mort »
– René Girard

Pour continuer plus avant, Emmanuel Godo développe la thèse suivante : à force de se scruter, notre époque se cache sa propre obscurité. Or, l’Art peut nous aider : même si l’Art ne permet pas de lever les ténèbres, elle permet du moins de les nommer. Godo disait ainsi, à juste titre : « Le rôle de la littérature, c’est de permettre aux lecteurs de devenir les contemporains d’eux-mêmes. »

Monsieur K. a ensuite embrayé sur quelque chose qui me tient à cœur : la réticence de certains à parler ou écrire des événements des jours précédents. Je sais, pour en avoir parlé sur Twitter avec deux demoiselles très sympathiques, que cela gêne certains de voir écrites certaines choses « dans le feu de l’action », parce que c’est en quelque sorte indécent. Mais ces deux jeunes femmes comprenaient très bien que ce procédé puisse également aider certaines personnes, et me disaient en substance « Nous ça nous gêne donc on va pas en lire mais faites ce que vous voulez :’) ». Or, pour d’autres cette indécence est telle qu’ils refusent carrément que tout le monde parle ou écrive à ce sujet. C’est là dessus que K. a centré son propos, en partant d’une phrase très célèbre d’Adorno : « Écrire de la poésie après Auschwitz c’est barbare. »

A cette opinion il opposait celle du poète Paul Celan, pour qui le poète avait le pouvoir de guérir les blessures : « Je ne vois pas de différence, disait celui-ci, entre un poème et une poignée de main. » Autrement dit, la littérature crée une véritable communauté. Et cette communauté ne se limite pas à des frontières, comme l’a dit Camus : « C’est la communauté des hommes que vise l’écrivain. »

« Par la lecture, on se projette dans la conscience d’autrui ; il n’y a pas plus démocratique que la littérature. »
– Monsieur K.

Alors lisez, écrivez, peignez, chantez ! L’Art, c’est le meilleur moyen d’apprendre le monde, de comprendre et d’admettre ce qui nous arrive sans y laisser trop de plumes. L’Art, c’est que qui nous grandit, c’est ce qui nous fait évoluer, c’est ce qui fait que nous passons d’être vivants à humains. Pensez. Vivez. Contrôlez votre peur si vous le pouvez, ou alors combattez, avec ou sans elle. Parce que vous êtes vivants et que vous méritez bien ça nom de Dieu.

L’Art, c’est le plus beau pied de nez qu’on peut faire à Daesh en ce moment.

Et je terminerai comme l’a fait Monsieur K, par une citation de Primo Levi: « Nous, les vivants, nous ne sommes pas seuls ; et nous nous devons de ne pas écrire comme si nous étions seuls. »

 


 

 

.: ANNEXES :.

Vous voulez suivre mon conseil ? Vous cultiver, dire à Daesh d’aller se faire foutre ? Voilà quelques petits écrits (bien entendus exhaustifs) pour vous permettre de continuer :

Fugue de mort par Paul Celan (traduction de l’allemand, à lire à haute voix pour en comprendre toute la musique)

Guerre par André Breton (grand poète, père du surréalisme)

La fiche de ma prof de géo :