Si l’on ne voit pas devant soi, c’est peut-être que l’on tient un bouclier.

toute cette merde qu’on vous envoie dans la gueule, quand je pense qu’on est des millions sur Terre à avoir aussi mal j’ai juste envie de tout casser, quand vous avez mal j’ai envie de tout casser
– najem

Je vous vois.

Les gens qui se plaignent et les gens qui pleurent et ceux qui se battent et se débattent et ceux qui se noient, ceux qui se débattent alors même qu’ils coulent, c’est peut-être les plus belles personnes du monde celles-là, avec les heureux.

(Est-ce que je suis la seule à voir le monde comme ça, avec des lunettes d’empathie qui pèsent lourd sur mon nez)

De manière générale, c’est une grande question je crois ; est-ce que je suis la seule à fonctionner comme je fonctionne. Ou plutôt comme je ne fonctionne pas.

Moi j’ai peur, parce que j’ai l’impression que ce monde n’est pas fait pour moi. Je ne parle même pas de la difficulté à être une femme, de nos jours et de tous temps ; je ne parle même du fait d’être mogai et de se savoir en danger quand on tient une mauvaise main. Non, je parle- c’est difficile- je parle du fait de rester petite.

Il y en a certains qui restent enfants toute leur vie. L’aviateur du Petit Prince, ô combien j’ai rêvé d’être l’Aviateur du Petit Prince. Mais moi je ne reste pas enfant ; je reste pathétiquement petite.

J’ai l’impression d’être naïve, de ne rien mener à bien, de n’être pas faite pour arrêter mes études un jour, de ne jamais vouloir partir de la maison parentale, de m’effondrer à chaque pas dans mon immaturité, et en un mot : j’ai l’impression que ce monde va me bouffer tout cru.

Je suis dysfonctionnelle ; ça fait quelques années que je le sais mais seulement maintenant que je me prends les conséquences dans la figure.

(A-t-on idée d’à quel point c’est dur, d’évoluer dans un monde que l’on ne comprend pas et qui ne veut pas jouer selon ses règles)

On m’a dit récemment. Pas à moi exactement mais ça n’a aucune espèce d’importance. On m’a dit je ne peux pas dire je t’aime et je ne fonctionne pas bien.

(« je n’y arrive pas pardon, je suis comme ça, je ne fais pas exprès d’exister aussi mal »)

Je suis dysfonctionnelle. Et c’est drôle, parce que j’arrive très bien à dire je t’aime. Ma mère m’a dit quand j’étais petite il ne faut pas dire je t’aime trop vite, c’est un mot important et qu’il ne faut pas gaspiller.

Je me demande, si je t’aime est un mot si important, si essentiel, si puissant, peut-on vraiment le gaspiller ?

Peut-il vraiment tomber dans l’oreille d’un sourd ?

Je suis dysfonctionnelle et j’arrive à dire je t’aime parce que c’est peut-être la seule chose sensée de ce monde, l’amour. La seule chose aussi qui arrive à concilier le monde et moi. Je ne suis pas faite pour le travail, je n’ai aucune espèce d’indépendance, je ne rends aucun dossier à l’heure, je me mets des bâtons dans les roues inconsciemment dans l’espoir de rater mon avenir et de rester un bébé sans doute, et le monde me bouffera tout cru sans doute — mais j’ai encore le pouvoir de dire je t’aime. Ça, j’ai le droit, parce que c’est tout petit, criard, immature, capricieux de hurler son amour à la face du monde – je t’aime et je veux être avec toi, et toi, et toi aussi – mais que j’ai rarement vu quelque chose d’aussi beau et que j’y trouve ma place.

(Si vous saviez seulement à quel point je vous aime.)

J’aime l’amour, de toute mes forces. Même s’il me donne l’impression d’appartenir quelque part, d’avoir un coin à moi, un œil de la tempête. Même s’il me remplit la tête de merveilles et d’illusions. Même si non, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche. Même si l’amour n’a jamais permis d’être indépendante, de trouver du travail, de se sortir les doigts du cul, d’écouter maman quand elle dit « grandis un peu enfin ! »

L’amour, ça allège ma seule certitude : un jour, je vais me faire bouffer tout cru. Alors je m’y complais au maximum.

« Si, comme c’est trop probâbe, je dois faire cette dernière connerie,
je la ferai du moins en brave con »
Verlaine, lettre à Arthur Rimbaud, juillet 1873

 

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