The Torn Letter (T. Hardy) – exercice de traduction amateur

[Camarades lecteurs, avant de commencer, je vous prie de ne pas utiliser ma traduction ou mon commentaire sans citer sa source ; c’est une politesse élémentaire, et également ce qui permet à mon blog de se faire connaître ! Merci ♡ ]

Etudiant cette année le poète Thomas Hardy, et ayant dû récemment commenter son poème « The Torn Letter », j’ai été étonnée de découvrir qu’il n’existait pas de traduction française qui était dédiée à ce poème… ou alors je n’ai pas su la trouver, ce qui est également possible.

Dans tous les cas, j’ai pris ça comme un défi et ai décidé de traduire, tant dans la forme poétique que dans le fond, ce poème anglais. Bien qu’ayant une certaine expérience amateur en traduction (je vous renvoie à mon compte fanfiction.net et archive of our own), c’est la première fois que j’essayais de traduire formellement un poème.

NB : Un comparatif avec la version originale est disponible en bonne qualité ici (traduction-the-torn-letter-hardy).

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La lettre déchirée 

1
J’ai déchiré ta lettre en morceaux pas plus grands
Que le duvet des canards bouffant dans le vent
Qu’ils lissent sur les vagues, mouvement constant,

Et ce parmi les temps changeants.

2
Seul laissé sur mon lit dans l’obscurité nue
Je crois t’avoir aperçue dans une vision
Et t’avoir entendue : « pourquoi la dérision

D’une attention, bien qu’inconnue ? »

3
Oui, ma colère enfin avait suivi son cours
Et ma folie d’hier fraîchie par la nuitée
Je souffrais ; ma tristesse ornée de remords lourds

En devenait un vrai regret.

4
Quels jours pensifs, patients doit passer – je pensais –
Cette âme de fibre si tendre, cet auteur
Quelle bonté honore, enfin, l’expéditeur,

De mots si doux, brillant phrasé !

5
Les voyant si précieux, alors, et révolté,
Je cherchai les fragments, trouvai, raccommodai ;
Minuit blanchit avant que je n’ai terminé,

Rassemblant les mots sacrifiés.

6
Mais certains, hélas, des mots que j’avais jeté,
Détruits à jamais, ne purent être retrouvés
Ils étaient ton nom et ton adresse, et jamais

N’ai-je pu les récupérer.

7
J’appris avoir perdu, par cette éruption,
Ta trace. Le sort l’avait décidé ainsi :
Dans la vie, dans la mort, séparés nous serions,

Cette pensée, oui, j’en souffris.

8
Né il y a longtemps, ce douloureux chagrin
Palpite là ; jamais je ne l’ai dépassé
Pour toi, quelle revanche, si tu le savais !

Mais Dieu merci, tu n’en sais rien.


traduction ©isagawa

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Mes choix de traduction

Il fallait tout d’abord choisir la forme que je voulais donner au poème. J’aurais pu ne traduire que le sens, mais le défi perdait du même coup tout son intérêt. Le vers libre, s’il permettait une plus grande liberté, et peut-être une plus grande licence poétique, m’a tentée quelques temps, mais il ne rendait pas non plus justice à la version originale. En effet, les vers de Hardy sont très travaillés : le mètre (meter) de « The torn letter » y est extrêmement rythmé. On pourrait dire, dans un commentaire littéraire, que ce caractère presque lancinant des vers rappelle la présence inconnue mais qui s’éternise dans l’esprit du narrateur – mais c’est aussi et avant tout une preuve de l’extrême attention que portait Hardy à la forme. Il aurait pu écrire un poème au mètre plus irrégulier, comme il l’a déjà fait avec d’autres écrits de At Casterbridge Fair par exemple ; mais ici, le caractère presque scandé de la chose rappelle une ballade, et pour moi, c’était l’alexandrin français qui parvenait le mieux à retranscrire cette forme très travaillée du poème, et son caractère somme toute quasi-religieux.

Néanmoins, j’ai également pris en compte que le poème est très structuré : en effet, chaque strophe est numérotée et ne forme qu’une seule phrase -d’où de nombreux enjambements-, un petit tout, et même une sorte d’épisode. Selon moi, il fallait que je trouve le moyen de retranscrire la mise en exergue de la fin des phrases, cette sorte de ressac qui contribue également à l’esprit lancinant du poème d’origine dont je parlais plus haut ; et quelque chose qui mettrait également en avant la quasi-chute de la huitième strophe. C’est pourquoi j’ai choisi d’utiliser, en chaque fin de strophe, un vers composé en octosyllabes.

NB : Si ces considérations formelles vous intéressent, voici le commentaire que j’ai fait en classe concernant ce poème : commentary-the-torn-letter-hardy.

Je ne dis pas que les rimes que j’ai pu trouver sont exceptionnelles de finesse et d’élégance. Néanmoins, j’estime ne m’être pas trop éloignée du sens d’origine (et pourtant, ma grande peur en commençant était d’abuser de la licence poétique !), et je suis plutôt satisfaite. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez une idée de meilleure rime ? Un poème à me conseiller ? Je vous laisse me dire tout ça dans les commentaires, je retourne raturer dans mon carnet. Bonne soirée 

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