1h41

1h41 quand je commence à écrire, l’envie dévorante de me rapprocher d’elle. Elle m’a proposé un appel ce soir, mais on devait finir une série en famille, et j’ai dit non, d’une certaine manière j’ai l’impression que c’est toujours moi qui dit non. Elle me manque pourtant. Pas seulement dans le sens “j’ai hâte de la voir”, mais dans le sens “je manque d’elle”. C’est pur et craintif comme mot, le verbe manquer.

J’ai repoussé l’appel et la soirée est passée, entre Jane the Virgin et saucisson. Et puis, je monte dans ma chambre, qu’est-ce qu’il fait lourd quand on ne fait pas courant d’air le soir, je m’allonge dans mon lit, en étoile. Et je pense à elle.

Je pense d’abord à des choses imprécises, en rapport avec elle. Des films qu’on aime toutes les deux, une histoire qu’elle m’a dit qu’elle irait lire, sa voix dans l’enregistrement qu’elle m’a envoyé. Plus j’y pense, plus ces choses liminaires s’effacent et je me rapproche d’elle, la pensée d’elle, son essence. Et là ça ne manque pas, c’est pur et craintif, c’est douloureux et mélancolique, avec un fond de joie calme, elle commence à me manquer.

Je me retourne sur le ventre, elle se fait plus précise. Je repasse notre dialogue dans ma tête. Je n’ai pas pu l’appeler ce soir mais elle ne pourra pas m’appeler demain. J’ai révision de bac, elle m’a dit, et ça doit vouloir dire qu’elle dort à cette heure-là, elle est sérieuse mon amoureuse en plus d’être adorable. Je ferme les yeux. C’est une étrange pensée de se dire qu’elle dort alors que j’ai les yeux ouverts encore. J’ai l’impression que mon esprit est une volée d’oiseaux sauvages, qui planent jusqu’à elle et, incapables de se poser, tournoient en grands cercles tendres autour de sa tête endormie.

C’est drôle ; elle endormie, je me sens proche d’elle, infiniment, mais aussi incapable de la toucher. Jusqu’à demain, elle est injoignable ; jusqu’à demain, je peux penser à elle tout mon soûl. Je suis comme cette fonction dont j’ai oublié le nom, dont la courbe descend toujours plus près de l’axe, infiniment plus près à chaque point donné, sans qu’elle ne soit dans la capacité de le toucher.

Envie dévorante de me rapprocher d’elle ; hier je ne l’ai pas appelé, et demain elle ne m’appellera pas. Pourtant nous sommes dans les petites heures du matin, on est déjà demain et encore hier, et dans cette entre-deux moi je flotte vers elle et si je tends la main assez près, peut-être que j’effleurerai suffisamment ses rêves pour m’y trouver.

1h57 quand tout se calme, ayant attrapé mon portable je me retourne sur le dos. Je voulais écrire tout ça pour ne jamais oublier ce que c’est, d’être amoureuse quand la nuit roule entre deux êtres. 1h41 et 1h57, de presque-femme je suis devenue nuée d’oiseaux et courbe mathématique, il s’en est passé des formes et des millénaires, et moi je suis là dans mon lit trop tiède, et je pense à toi.

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