[Traduction] La chute d’Icare – William Carlos Williams

la-chute-dicare-d-apres-pieter-bruegel-l-ancien.jpg

le poème en V.O est disponible ici

 

Si l’on en croit Bruegel
Quand Icare chuta
c’était le printemps

un fermier labourait
son champ
tout le grand spectacle

de l’année écoulée
s’éveillait, fourmillant
tout près

l’orée de la mer
ne se préoccupant
que d’elle

suait sous le soleil
faisant fondre
la cire des ailes

dérisoirement
loin du rivage
il y eut

un plouf presqu’invisible
c’était
Icare se noyant

 


Notes de la traductrice 

J’ai utilisé le mot « dérisoirement » bien qu’un tel mot ne soit pas très usité, au point qu’on puisse croire qu’il n’existe pas ; c’est justement parce que W.C. Williams utilise en anglais le mot unsignificantly qui n’existe pas et est une variation de insignificantly.

J’ai également hésité à mettre pour les derniers vers : « un plouf presqu’invisible / c’était / Icare, noyé » (en VO : a splash quite unnoticed / this was / Icarus drowning). L’idée d’action en cours du « drowning » d’origine se perdait, mais on gardait la baisse de rythme de l’accent tonique anglais Icarus drowning avec la virgule rajoutée.

Enfin, j’ai traduit le titre par « La chute d’Icare » et non pas « Paysage avec la chute d’Icare » comme en anglais (Landscape with the Fall of Icarus), car Williams copiait simplement le titre du tableau de Bruegel ; or en français, celui-ci s’appelle bien simplement « La chute d’Icare ».

Chronique culturelle #4 – La saga Percy Jackson

« Croyez-moi, je n’ai jamais souhaité être un sang-mêlé. »

Bannière HoO Viria
art by viria

Il y a un peu moins d’un an, je me suis lancée à corps perdu dans l’univers de Rick Riordan : la saga Percy Jackson, et celle qui lui fait suite, les Héros de l’Olympe. Je ne l’avais pas vraiment prévu, mais je suis vraiment tombée amoureuse de ces livres.

[ /!\ Cette chronique est garantie sans spoil ]

Introduction.

Je suis en khâgne. (C’est pertinent pour la suite, juré.) En cette qualité, et dans le but de réussir mes concours, je suis censée pouvoir maîtriser sur le bout des doigts de nombreux classiques de la littérature française. C’est évidemment excellent pour les études, et si l’on élargit, pour la culture générale, et je ne me plains pas. Mais depuis un an, je me rendais compte que je ne lisais plus du tout, à part les livres obligatoires pour les cours -ce qui représente un volume conséquent, ok, mais je savais que je pouvais faire mieux. Je pouvais faire mieux, mais je ne voulais pas : j’avais tout simplement perdu l’envie de lire.
Avouez qu’en khâgne, c’est gênant. Mais je me rendais compte que cela faisait trois ans – peut-être même quatre – que je faisais que des lectures “utiles”, réutilisables en dissertation, des lectures complexes desquelles je tirais pour la plupart du plaisir sans être transportée. (À part pour les Misérables, mais en même temps, LES MISÉRABLES ) Ainsi, à chaque livre en librairie que j’ouvrais, je lisais dix pages puis me disais “mais il ne va me servir à rien”, et le reposais. Au lieu de me faire lire plus de classiques, cette technique, je m’en rendis compte trop tard, me dégoûta et je finis par ne plus rien lire du tout.

À la rentrée 2017, faisant part de mes doutes à un ami, celui-ci m’envoie en e-book le premier tome, Le voleur de foudre, me disant que ça se lit vite et que je ne perds donc pas trop de temps à essayer (le monsieur étant lui-même passé par la khâgne, il sait que le temps libre y est compté). Je ne le sais pas encore, mais un petit monde s’ouvre à moi.

Le fond.

Au départ, s’il m’a conseillé ce roman jeunesse, c’est parce que mon ami connaît ma passion pour la mythologie gréco-romaine (surtout grecque, en réalité, mais n’importe quelle conversation sur la mythologie me laisse un air béat). Sur ce point, Percy Jackson peut à la fois être très jouissif et assez frustrant : les livres sont très bien documentés, font référence à des épisodes mineurs de la mythologie dont peu, je pense, ont entendu parler, et mettent en scène la totalité des dieux du panthéon. Mais dans le même temps, il se permet certaines libertés, en donnant à certains dieux un aspect pour le moins ridicule – de manière générale, c’est très drôle, mais cela peut s’avérer compliqué, pour le lecteur féru de mythologie, de se séparer de ses mythes personnels. Je suis par exemple personnellement très frustrée par Dionysos, ma divinité préférée, dieu du vin mais aussi du désordre et du théâtre – qui est dépeint dans la saga comme une sorte de petit pochetron tyrannique (il faut bien attendre trois tomes avant qu’une étincelle de badass ne l’éclaire).

– Vous êtes Dionysos, ai-je dit. Le dieu du vin.
Monsieur D. a roulé les yeux.
– Qu’est-ce qu’ils disent, les jeunes de nos jours, Grover ? « Trop fort ! », c’est ça ?
– Ou… Oui, Monsieur D.
– Trop fort, Percy Jackson ! Tu croyais peut-être que j’étais Aphrodite ?

En dehors de cela, je suis très sensible au côté safe des livres de Rick Riordan. Percy Jackson est l’une des rares sagas pour adolescents qui met en scène de manière indifférenciée des personnages neuro-atypiques (une immense majorité d’entre eux est dyslexique et a des troubles de l’attention) et des personnages racisés – beaucoup de minorités sont des personnages récurrents de la première saga, et dans les Héros de l’Olympe on compte dans les personnages principaux trois personnages latinos (Hazel, Léo, Reyna), une native american (Piper) et un sino-canadien (Frank). Dans les derniers tomes, on voit également apparaître un personnage  LGBT qui, disons le clairement, est tellement bien traité que j’en ai pleuré plusieurs fois. Je n’aurais peut-être pas remarqué tout ça adolescente, mais aujourd’hui mon féminisme influe évidemment sur ma lecture, et je suis heureuse de voir qu’un tel monument de la littérature pour ados soutienne si bien ce regard critique. Je suis de celleux qui pensent qu’on n’accorde pas assez d’intérêt à la littérature non-adulte, que ce soit les œuvres pour ados ou les albums pour enfants ; je pourrais en débattre des heures, et Percy Jackson a mis de l’eau dans mon moulin.

La forme.

Comme je l’ai dit, j’avais besoin de lire quelque chose de facile, quelque chose qui tranchait véritablement avec Flaubert, Rousseau ou tout ce que j’avais lu en continu pendant trois ans. Pour le coup, Percy Jackson, c’était le bon choix. On ne peut nier le caractère “simple” du style, qui est nettement orienté pour les adolescents – pas de métaphores filées sur sept lignes comme Proust (que par ailleurs j’aime beaucoup) dans les pages de cette saga. Mais cette simplicité a également son charme, car elle fait de la place pour un caractère presque didactique des livres concernant la mythologie. De plus, s’il est simple, il n’est pas simpliste pour autant. Le style est très fluide et on est vite happé par l’histoire et les personnages, et si les livres se lisent vite, ce n’est pas seulement parce que c’est écrit plus gros qu’un Balzac.

Le souci des livres selon moi, c’est leur construction. Le récit est toujours resserré sur quelques jours ou semaines, un mois au maximum, pour pouvoir créer un suspense, mais quand on lit la saga à 19 ans et pas à 12, on aperçoit les ficelles -assez grossières- du récit, même si la deuxième saga est beaucoup plus satisfaite que la première à ce niveau. De plus, il n’y a pas vraiment d’enjeux, car étant dans la littérature enfantine, on se doute que les personnages principaux ne vont pas mourir, et les situations dangereuses dans lesquelles ils se trouvent peuvent ne pas nous faire aussi peur que le voulait l’auteur.

Néanmoins, c’est aussi ce que j’aime : quand je lis Percy Jackson, je pose mon cerveau dans un coin, j’accepte de redevenir au moins un peu une enfant de douze ans qui a le droit d’être surprise devant un plot twist qu’une “grande” aurait vu venir.
Je voudrais également saluer l’excellente traduction française de l’ensemble de la série, qui fait réellement honneur au style d’origine et est réalisée par Mona de Pracontal.

Bilan.

Pour conclure, vous ne serez sans doute pas emballés par Percy Jackson si vous cherchez une lecture sérieuse et exceptionnelle. Mais il y a dans cette saga et les suivantes de vraies bonnes idées, une efficacité du récit et un côté assez jouissif – même pour moi – à voir Zeus qualifié de caractériel ou Apollon être l’archétype du fuckboy sympathique. Alors si vous voulez faire un break, oui, clairement, je vous conseille cette série de livres. Vous ne le regretterez pas, je pense 🙂

Avez-vous lu Percy Jackson ? Si ce n’est pas le cas, quelle est la saga adolescente pour vous qui gardera pour toujours votre approbation ?

Si l’on ne voit pas devant soi, c’est peut-être que l’on tient un bouclier.

toute cette merde qu’on vous envoie dans la gueule, quand je pense qu’on est des millions sur Terre à avoir aussi mal j’ai juste envie de tout casser, quand vous avez mal j’ai envie de tout casser
– najem

Je vous vois.

Les gens qui se plaignent et les gens qui pleurent et ceux qui se battent et se débattent et ceux qui se noient, ceux qui se débattent alors même qu’ils coulent, c’est peut-être les plus belles personnes du monde celles-là, avec les heureux.

(Est-ce que je suis la seule à voir le monde comme ça, avec des lunettes d’empathie qui pèsent lourd sur mon nez)

De manière générale, c’est une grande question je crois ; est-ce que je suis la seule à fonctionner comme je fonctionne. Ou plutôt comme je ne fonctionne pas.

Moi j’ai peur, parce que j’ai l’impression que ce monde n’est pas fait pour moi. Je ne parle même pas de la difficulté à être une femme, de nos jours et de tous temps ; je ne parle même du fait d’être mogai et de se savoir en danger quand on tient une mauvaise main. Non, je parle- c’est difficile- je parle du fait de rester petite.

Il y en a certains qui restent enfants toute leur vie. L’aviateur du Petit Prince, ô combien j’ai rêvé d’être l’Aviateur du Petit Prince. Mais moi je ne reste pas enfant ; je reste pathétiquement petite.

J’ai l’impression d’être naïve, de ne rien mener à bien, de n’être pas faite pour arrêter mes études un jour, de ne jamais vouloir partir de la maison parentale, de m’effondrer à chaque pas dans mon immaturité, et en un mot : j’ai l’impression que ce monde va me bouffer tout cru.

Je suis dysfonctionnelle ; ça fait quelques années que je le sais mais seulement maintenant que je me prends les conséquences dans la figure.

(A-t-on idée d’à quel point c’est dur, d’évoluer dans un monde que l’on ne comprend pas et qui ne veut pas jouer selon ses règles)

On m’a dit récemment. Pas à moi exactement mais ça n’a aucune espèce d’importance. On m’a dit je ne peux pas dire je t’aime et je ne fonctionne pas bien.

(« je n’y arrive pas pardon, je suis comme ça, je ne fais pas exprès d’exister aussi mal »)

Je suis dysfonctionnelle. Et c’est drôle, parce que j’arrive très bien à dire je t’aime. Ma mère m’a dit quand j’étais petite il ne faut pas dire je t’aime trop vite, c’est un mot important et qu’il ne faut pas gaspiller.

Je me demande, si je t’aime est un mot si important, si essentiel, si puissant, peut-on vraiment le gaspiller ?

Peut-il vraiment tomber dans l’oreille d’un sourd ?

Je suis dysfonctionnelle et j’arrive à dire je t’aime parce que c’est peut-être la seule chose sensée de ce monde, l’amour. La seule chose aussi qui arrive à concilier le monde et moi. Je ne suis pas faite pour le travail, je n’ai aucune espèce d’indépendance, je ne rends aucun dossier à l’heure, je me mets des bâtons dans les roues inconsciemment dans l’espoir de rater mon avenir et de rester un bébé sans doute, et le monde me bouffera tout cru sans doute — mais j’ai encore le pouvoir de dire je t’aime. Ça, j’ai le droit, parce que c’est tout petit, criard, immature, capricieux de hurler son amour à la face du monde – je t’aime et je veux être avec toi, et toi, et toi aussi – mais que j’ai rarement vu quelque chose d’aussi beau et que j’y trouve ma place.

(Si vous saviez seulement à quel point je vous aime.)

J’aime l’amour, de toute mes forces. Même s’il me donne l’impression d’appartenir quelque part, d’avoir un coin à moi, un œil de la tempête. Même s’il me remplit la tête de merveilles et d’illusions. Même si non, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche. Même si l’amour n’a jamais permis d’être indépendante, de trouver du travail, de se sortir les doigts du cul, d’écouter maman quand elle dit « grandis un peu enfin ! »

L’amour, ça allège ma seule certitude : un jour, je vais me faire bouffer tout cru. Alors je m’y complais au maximum.

« Si, comme c’est trop probâbe, je dois faire cette dernière connerie,
je la ferai du moins en brave con »
Verlaine, lettre à Arthur Rimbaud, juillet 1873

 

MY MASTERPOST: Stats and scholar works about the great fanfiction world

Avant-propos

Heya, me revoilà !
L’une de mes passions, comme je l’ai peut-être déjà dit ici, est l’écriture ; je tente parfois des écrits originaux, dont mes poèmes et écritures automatiques que je mets pour certains ici, mais aussi des fanfictions. Entre elles et moi, c’est le grand amour depuis mes 14 ans (ce qui fait, vu que je commence à me faire vieille, un sacré petit bout de temps).
Voilà une semaine que j’écume Internet, dans le but de trouver statistiques et autre écrits universitaires diverses sur les fanfictions. (Parce que c’est ce que je fais quand je suis passionnée : je perds mon temps sur Internet.) (Hm, comment ? Les révisions du concours de l’ENS ? jamais entendu parler)
J’ai décidé (vu que j’ai mis beaucoup de temps à trouver toutes les données que j’ai trouvé) de faire ici un petit regroupement de tout ce que j’ai découvert : un masterpost. Il y a du vieux (des données datées, donc, qui ne sont plus pertinentes maintenant mais intéressantes quand on les compare à celles d’aujourd’hui) et du moins vieux.


Ze Masterpost

 

fanfiction-related stats and scholarworks,
a masterpost

edited by  Elou, aka @elouchou, aka Isagawa

 

STATS

about fanfiction.net
. Fan Fiction Demographics in 2010: Age, Sex, Country, 2010
. The traffic on FanFiction.Net: (visit, countries, etc.)
. Is it possible to quantify fandom?, un article bilan menant à plein d’autres liens
. Five Tropes Fanfic Readers Love (And One They Hate), a survey, 7500+
. Reddit survey

about archive of our own
. A Ship masterpost here
. An Age, gender, sexuality & ethnicity masterpost there
. A few remarks with no numbers, but raising interesting questions and vulgarizing stats

NB: there are apparently no stats about wattpad

 

SCHOLAR ESSAYS

note: nearly all of these have been found on academia, using the keyword “fanfiction”; you can find others if what is here isn’t enough to sustain your curiosity!

. Un masterpost en français sur l’étude de la fanfiction
. Language, Culture, and Identity in Online Fanfiction, Rebecca W. Black, 2006
. Fanfiction Writing and the Construction of Space, Rebecca W. Black, 2007
. Homosexuality at the Online Hogwarts: Harry Potter Slash Fanfiction, Catherine Tosenberger, in “Children’s Literature”, 2008
. Fanfiction As A Training Ground. Critical Evaluation And Creative Expression, by Kimberly Workman, 2015
. All of the Greek and Roman Classics. Antikerezeption in Fanfiction, Maria Rossdal, 2015

NB : The essay is in German but the abstract (second page) is in English and it’s so interesting you should all read it.


Ce fruit de mes recherches, vous pouvez aussi le télécharger sur mon Google Drive (mais si vous le partagez, merci de me créditer !)

Parler (2) ~ Philippe Jaccottet

enjambées fauves

.

.

.

Chacun a vu un jour (encore aujourd’hui on cherche à nous cacher jusqu’à la vue du feu)
ce que devient la feuille de papier près de la flamme,
comme elle se rétracte, hâtivement, se racornit,
s’effrange… Il peut nous arriver cela aussi,
ce mouvement de retrait convulsif, toujours trop tard,
et néanmoins recommencé pendant des jours,
toujours plus faible, effrayé, saccadé,
devant bien pire que du feu.

Car le feu a encore une splendeur, même s’il ruine,
il est rouge, il se laisse comparer au tigre
ou à la rose, à la rigueur on peut prétendre,
on peut s’imaginer qu’on le désire
comme une langue ou comme un corps ;
autrement dit, c’est matière à poème
depuis toujours, cela peut embraser la page
et d’une flamme soudain plus haute et plus vive
illuminer la chambre jusqu’au lit ou au jardin
sans vous brûler — comme si, au contraire,
on était dans…

View original post 113 mots de plus