Derniers mots.

J’ai écrit une lettre de suicide aujourd’hui. Pas le mien. Celui d’un ami.
Il a dit récemment : si le rdv avec le psychiatre ne donne rien, j’arrête d’essayer. Je connais sa situation. Je sais ce qu’il voulait dire.
Alors j’ai écrit une lettre. Je ne sais pas encore si je dois lui donner.

C’est dur d’écrire une lettre de deuil à quelqu’un qui n’est pas encore mort. On se dit : c’est une lettre de dernière chance, après ce sera foutu alors je ne me mets pas de filtre. Mais on en met forcément. Tu écris à quelqu’un de fragile, une personne en souffrance dont tu ne veux que le bonheur. Tu te demandes si tu devrais lui donner la lettre, ou si ça va briser la dernière barrière, de voir que quelqu’un le considère déjà assez mort pour lui faire une lettre pareille. Tu as envie de lui écrire : je suis désolée d’être égoïste, à te demander de vivre juste parce que je ne veux pas d’un monde sans toi, alors que je me suis toujours doutée d’une certaine manière que tu n’étais pas fait pour le monde des vivants. Mais c’est violent et triste, et tu te dis– et s’il passe à l’acte à cause de mes mots, « tu n’appartiens pas au monde des vivants », et s’il passe à l’acte alors que sans toi il aurait eu une chance.
Tu ne veux pas sa mort.
Je ne veux pas sa mort, je ne veux pas d’un monde sans lui.
Je veux juste. Je ne sais pas. Je veux lui dire, par écrit, tout ce que je sais que je lui dirai lorsqu’il sera parti et que le soir, j’inventerai au fond de mon lit tous les mots que je n’ai pas eu le temps de lui dire.

J’ai écrit une lettre de suicide. Son titre : tout ce dont je veux que tu saches avant de mourir. La première phrase, c’est : « Je suis tellement, tellement heureuse de t’avoir rencontré. »

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mise en abîme de la pitié

Un jour il faudra bien te laisser vivre
Décider peut-être de démêler les mains autour de ta gorge
Nous, s’asseoir en face de toi te répéter que “ça vaut la peine”
En espérant que tu finisses par le croire.

Tu dis, la mort c’est une décision que tu attends de prendre
Mais mourir est le choix par défaut
C’est vivre la décision.
Si on te laisse c’en est fini de toi
Si on te laisse une seconde tu t’effondres et tu brûles
C’est une décision consciente tous les jours de te faire continuer à exister.

Tu danses en voulant tomber
On veut encore te rattraper
Le corps vrille –

Le geste est décidé
mais l’intention vacille.

TMI

[TW : maladie, déprime. prenez soin de vous.]

 

« CADASIL ». Vous l’avez déjà vu quelque part ? Vous en avez déjà entendu parlé, vous ?

Moi pas. Avant que mon père ne soit diagnostiqué, je n’avais jamais entendu ce nom.

Il paraît que c’est très rare comme maladie. Il paraît que c’est si rare que la recherche s’en fout un peu, ce n’est pas rentable peut-être ; si rare qu’on ne connaît pas assez la maladie pour me dire si mon père va d’abord mourir, ou d’abord devenir un légume. Si rare, c’est pour ça qu’on n’a pas encore trouvé de remède.

C’est dégueulasse une maladie. Il n’y a nulle part où en parler tellement c’est dégueulasse. Je suis même honteuse d’en parler ici tellement j’ai l’impression de vous vomir à la gueule. On sait jamais, ça empeste, ça pullule, vous pourriez attraper une connerie.

De ce que j’ai compris, ça fonctionne comme un AVC — un tas de micro-AVCs, en fait. Les vaisseaux sanguins pètent dans le cerveau et inondent les neurones et on perd ses facultés petit à petit. Au début c’est suffisamment rare pour que le cerveau compense et se répare dans les temps ; après, ça se gâte. Le cerveau se noie. Ça fait deux ans et demi que je vois mon père se noyer et un an qu’il a été diagnostiqué.

Il est toujours présent. Il tient des conversations ; même si trouver des mots lui est difficile, qu’il est très fatigué, dépressif chronique, n’a plus de mémoire immédiate et que parfois quand on lui parle on sent qu’un ange passe, quelque part (très, très loin).

Maladie génétique, possiblement héréditaire, dégénérative. Parfois je ne sais plus si c’est son cerveau ou moi qui dégénère.

Je déteste l’odeur de l’hôpital. J’avais lu dans les livres que ça sentait le trop-propre et j’avais associé ça à la javel, je ne comprenais pas le problème ; j’adore l’odeur de la javel, j’adore la piscine. Mais c’est faux. Dans les couloirs ça sent le désodorisant cache-misère, l’incarnation en odeur du mot mièvre ; et dans les chambres ça sent la merde. Mon père porte des couches et il sent la merde.

Je n’en parle pas parce que ça ferait quel genre de conversations ? Toi, c’est quoi l’odeur que tu détestes le plus ? Le souffre ? La transpiration ? Les œufs pourris ? Oh, moi c’est le désodorisant sur fond de merde. Je ne veux pas de ces conversations. Je ne veux pas casser l’ambiance. Je ne veux pas de mon père malade.

Quel small talk de qualité. On va éviter.

C’est une sensation récurrente depuis longtemps : que le monde va trop vite pour moi. Du coup, depuis longtemps, je résumais mes envies ainsi : je voudrais que le monde s’arrête de tourner. Quelques jours. Quelques semaines. Le temps que je le rattrape. Ensuite ça ira. Aujourd’hui, ma perception de moi a changé. Alors qu’avant, j’avais l’impression de vivre trop lentement pour le monde (d’avoir des trains de retard) aujourd’hui j’ai l’impression d’oublier d’exister. Ou de vouloir oublier d’exister.

Je me lève – je vais au lycée – je suis les cours – je rentre. Je fais mes devoirs ou je lis ou je regarde Narcos pour la troisième fois. J’invite mes ami⋅e⋅s à la maison. On rit. Ça va bien, la vie continue quoi. Et puis le soir quand je me couche, je me rends compte que malgré l’impression sur le moment que c’était là et pas si mal et réel, en réalité j’étais en mode automatique.

Le soir quand je me couche je me dis : en fait, tout ce que je fais, c’est pour oublier que j’existe.

Une chance : j’aime les cours. En fait j’adore la prépa. Pas forcément pour les bonnes raisons (les profs incroyables, la gentillesse, les petites promos, faire ce qui me plaît, apprendre) : mais ça m’empêche de réfléchir. J’aime les cours parce que tant que je suis dans l’enceinte du lycée, je pense à tout sauf à moi.

J’avais une psy. Les dix premières séances offertes par la MDPH à moi et ma soeur. J’ai arrêté d’y aller après trois séances. Le courant ne passait pas ; et puis elle insistait beaucoup sur la question de mon propre potentiel diagnostique (je peux décider de me faire tester, à tout moment, pour savoir si la maladie génétique de mon père est dans mon corps à moi aussi), sans doute parce qu’elle pensait que c’était important pour moi. Je ne l’ai pas détrompée, j’aurais dû. Je ne voulais pas en parler. La psy te demande de parler de toi et je voulais oublier que j’existais.

Un jour on parlait du test que je pourrais faire et je lui ai dit moi je m’en fous de l’avoir, mais ma sœur, si on la teste et qu’elle a la maladie, ce sera pas possible, je m’en remettrai pas. A la fin de la séance elle m’a dit : « C’est impressionnant, vous savez. Vous vous inquiétez beaucoup pour les autres. On ne peut accéder à vous que par leur prisme. »

Sur le coup j’étais contente qu’elle dise ça, mais en y repensant j’aurais préféré qu’elle se taise, parce que j’y repense tout le temps.

(Des fois j’aimerais juste arrêter de penser.)

Mais parfois je me rappelle que ce mode automatique, je l’avais avant mon père — avant le diagnostique, je veux dire. Que c’est un truc que je traîne depuis le lycée, ou depuis le collège même, c’est un peu flou. Il se fait juste de plus en plus présent. Je me demande si c’est à cause de la maladie ; si c’est un mécanisme de défense. Ou si c’est juste qu’il est censé se faire plus présent au fil du temps. Si c’est dans ma nature. Ou bien dans l’ordre naturel des choses. Parfois même, je me demande si oublier d’exister, ce n’est pas juste ce truc qui me fait très peur, et qu’on appelle grandir.

Je ne veux pas vraiment avoir la réponse.

Je ne veux plus me demander.

Je voudrais juste que mon père aille bien, et arrêter d’autant réfléchir.

Je suis canon et je vous emmerde

Monsieur, s'il vous plaît

C’est plus facile quand on est beau. Les cis t’adorent, petite chose mignonne et vaguement subversive que tu es. Et puis beau ça veut dire qu’on peut te prendre pour unE cis, alors forcément ça aide au quotidien. De ne pas être vuE comme une monstruosité, ou constamment mégenréE… Il peut même t’arriver de rencontrer des gens qui voudront bien te baiser.

Il faut comprendre la violence de cette société qui ne fait référence qu’à la beauté, à la transition « réussie » d’une personne quand on parle d’elle, et qui en même temps dit toujours qu’être trans c’est forcément être un monstre. Comme le patriarcat classe les femmes cis en baisables ou imbaisables, il classe les trans en « peut passer pour unE cis » et « truc bizarre ». Que le truc bizarre soit grotesque, effrayant, dégoûtant, qu’on le pointe du doigt ou qu’on omette poliment d’en parler. Mais alors ça veut dire qu’en…

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tips for an unrequited love.

Sometimes it will feel like the end of the fucking world

The heart beating
and eyes filling
up with feelings
too heavy for you

Like cosmos and fate
put this weight on your shoulders
that you can’t quite carry
(why you? why me?)

Sometimes it will feel like you can’t breathe at all
but you still work
I assure you, you do

And one day it will feel like something opened again
and you can finally shout at the top of your lungs
I’M OVER IT

In the meantime
even if it feels your esophagus is clogged
try to draw some air in
so you don’t forget the mechanics of it

Don’t you worry
One day breathing will feel like breathing again.

Update sur mon gros projet de traduction

J’en avais déjà parlé ici : j’avais pour projet de traduire un essai d’une trentaine de pages, de l’allemand au français. Une première pour moi (autant la langue que la longueur !), qui s’est révélée vraiment intéressante, d’autant plus que le sujet me passionnait : c’est une étude sur l’intertextualité entre les textes classiques et modernes ; l’autrice, Maria Backhaus, s’interroge beaucoup sur le lien intrinsèque entre les fanfictions et l’intertextualité.

J’en suis enfin venue à bout ! J’ai contacté Mme Backhaus pour lui demander son accord quant à cette traduction amateure, et elle a été très enthousiaste. Sachant que je ne suis pas passée par ma professeure d’allemand pour la relecture, Mme Backhaus a tout de même demandé à voir mon travail avant publication Après sa relecture, je serai libre de le poster et partager !

EDIT DU 13.01.18

L’article est posté !!
Vous pouvez le trouver sur mon compte academia, ici. J’espère sincèrement qu’il vous plaira et vous intéressera autant qu’il m’a intéressée (c’est-à-dire, assez pour que j’ai envie de le traduire alors que j’ai déjà trop de travail sur les bras). Si vous voyez une faute de français passée au travers de ma relecture, n’hésitez pas à me l’indiquer.

La fanfiction est une contre-culture ; pas une sous-culture

Je parle rarement des fanfictions que je lis.
Elles représentent pourtant plus de 50% de mes lectures en ce moment et depuis bientôt cinq ans. Parce qu’elles se lisent sur téléphone et donc entre les cours, quelques lignes de temps en temps — alors que j’ai toujours cette idée un peu “élitiste” des bouquins qui fait que quand j’en lis un, je ménage du temps exprès pour lui, deux heures pleines rien qu’à tourner les pages. Et puis les fanfictions que je lis font généralement entre 500 et 5000 mots, autrement dit moins que les plus courtes nouvelles publiées “traditionnellement” que j’ai pu trouver.
Et ce n’est pas seulement moi ; si je traite -encore ajourd’hui et malgré moi- les fanfictions et la littératire “traditionnelle” de manière bien différente, c’est à cause de clichés bien ancrés dans notre vision de l’art et la littérature.

Pourquoi une telle différence, un tel déséquilibre même, entre ces lectures-là et les autres ? Entre les fanfictions et la publication traditionnelle ?

Tout d’abord parce que la lecture de fanfictions pour moi c’est très personnel, et qu’autant je peux en blaguer sur Twitter, autant en parler sérieusement ici ça me fait me sentir très vulnérable. Parce que la fanfiction est une pratique encore très honteuse, car très décriée. C’est quelque chose de vu comme immature, comme pas important, comme pas de la vraie littérature.
(Laissons de côté l’idée reçue selon laquelle la fanfiction est invariablement remplie de scènes sexuelles, du mauvais porno allié à du fanservice trouvable gratuitement en somme.)

Au collège je vivais dans l’appréhension absolue qu’on apprenne que j’en lise, et que j’en écrive n’en parlons pas. Ma famille le savait, je leur en avais parlé, mais on n’en discutait jamais ; alors même que c’était mon plus grand loisir à l’époque, et qu’on a toujours parlé de mes autres hobbies (l’escalade, le cheval, mes autres lectures, Pokémon). J’étais, en tant qu’autrice de fanfictions, dans le même cas que certains LGBT+ face aux gens “tolérants” : tu fais ce que tu veux, mais pas devant nous hein, c’est gênant quand même.
Tout ça, ces jugements à l’emporte-pièce, ça me fait bien rire aujourd’hui.
Je crois avoir acquis un certain esprit critique depuis, et je me suis informée, et tout ça, laissez-moi vous dire que c’est du bullshit.
D’abord parce que la fanfiction ne dérange pas en tant que telle — non, c’est la sortie des circuits traditionnels de publication qui dérange, par une espèce d’élitisme persistant dans le domaine de la littérature qui personnellement me fout un peu la gerbe. J’en veux pour preuve le fait que les fanfictions ont toujours existé ; après tout, les tragédies classiques de Corneille ou Racine, entre autres, ne sont que des reprises d’un matériau antique omniprésent au seizième siècle. Le livre magnifique Le Chant d’Achille, par Madeline Miller, reprend à son tour l’Iliade, et est clairement une fanfiction dans le sens où elle reprend le schéma “basique” (entendre : le plus courant) de la fanfiction : reprendre le matériau d’origine pour lui donner un point de vue différent, notamment le point de vue d’un couple — ici Achille et Patrocle. Mais le Chant d’Achille n’est pas la seule fanfiction publiée de manière traditionnelle qui ait eu du succès ; on peut aussi compter La mort s’invite à Pemberley de P.D. James (une suite de Orgueil et Préjugés), ou toutes les pastiches de Sherlock Holmes jamais créées.
Le fait qu’une autrice connue comme P.D. James s’y soit attelée, ou qu’une autrice inconnue comme Miller se soit fait remarquer avec une fanfiction (publié en 2015, on a décerné à son roman le Orange Prize for Fiction) montre clairement que ce n’est pas la fanfiction le problème. Le vrai problème c’est l’élitisme qui fait tourner le nez à de prétendus littérateurs.

Deux raisons :
× premièrement, la fanfiction s’attaque à littéralement tous les fandoms possibles
× deuxièmement, la fanfiction est en ligne, disponible gratuitement et pour tous


La fanfiction s’attaque à tous les fandoms possibles

Vous connaissez sans doute la Rule 34 : “si ça existe, il existe du porn à ce sujet.” La fanfiction est l’équivalent écrit -et pas forcément pornographique- de la rule 34 : dans le sens où si une oeuvre existe et qu’elle a un minimum de visibilité, on peut forcément trouver des fanfictions dessus. Cette variété des matériaux d’origine est en partie ce qui déclenche des commentaires aigris sur la fanfiction. Peut-être effectivement que le Chant d’Achille a été primé parce que le livre reprend le mythe le plus connu de tous : la Guerre de Troie. Ah la Guerre de Troie c’est très bien –les littérateurs hochent la tête avec approbation– c’est noble ça, Homère, les Atrides, la mythologie, ça, c’est élevé ! Je trouve personnellement très idiot de classer les fanfictions, non sur leur valeur en soi, mais sur le matériau sur lequel elles sont basées.
Tout d’abord parce que si l’on a fait des études littéraires, on sait déjà que l’idée ne pèse pas lourd dans un écrit par rapport à la syntaxe, la stylistique, la manière d’écrire : dire des fanfictions “urgh, mais je ne peux pas prendre au sérieux quelque chose qui est inspiré de l’univers Pokémon”, c’est comme si l’on disait : “l’histoire d’un mec dans un train, on a vu mieux, franchement !” pour parler de la Modification de Butor. L’idée et l’univers n’est rien sans la manière de l’exploiter. Ceux qui considèrent qu’une fanfiction sur les One Direction est intrinsèquement mauvaise sont sans doute des élitistes qui se gargarisent de ne lire que Rousseau toute la journée.
Justement, ce que je trouve fascinant avec cette variété de fandoms, c’est voir comment des joyaux, des petites gouttes de vraie et profonde littérature parviennent à se glisser dans les matériaux les plus “triviaux”. J’ai lu des joyaux sur le fandom de South Park. J’ai lu des bijoux sur les fandoms Star Wars ; Harry Potter, Hamilton, des joueurs de football, et même la Bible !
Oui les fics sont décriées parce qu’elles sont ouvertes à tous et toutes. N’importe qui peut apporter sa pierre à l’édifice, et je ne vais pas le nier, certain⋅es fanfiqueurices écrivent vraiment mal — on est tous passé⋅es par là. Mais penser que les lecteurices ne savent pas faire la différence, que l’on se trouve tout⋅e dépourvu⋅e sur Internet et qu’on perd tout goût (alors même que je suis fervente lectrice d’Hugo, de Rimbaud, d’essais académiques et critiques !), c’est avant tout insultant. Comme si en lisant des fanfictions on perdait tout esprit critique. Rassurez-vous : on en a en fait deux fois plus. Lire une fanfiction, écrire des commentaires constructifs, comprendre pourquoi tel écrit amateur n’est pas abouti et comment il pourrait l’air, c’est en fait bien davantage une gymnastique intellectuelle et artistique que lire Victor Hugo : Hugo est encensé quasiment depuis sa naissance, on n’a pas à se demander s’il est un génie, si on a raison de l’aimer, s’il a vraiment voulu poser telle ou telle figure de style ; d’une certaine manière, ce n’est que justice qu’on l’aime, il nous tombe tout cuit dans le bec le père Hugo. L’amateurisme présent en fanfictions est extrêmement riche, d’autant plus qu’il est revendiqué ; personne sur Internet ne s’attend à gagner le Nobel de littérature. Voir cet amateurisme sous une logique élitiste est le pire faux-sens que l’on pourrait accorder à cette pratique.  

La fanfiction est en ligne, disponible gratuitement et pour tous

Avant, je n’aurais pas forcément pensé que la manière même de publier compte autant pour le lecteur lambda que le fond, le style d’un écrit. Et puis le festival de Cannes est arrivé. Ce festival où l’on a obligé le film Okja à être diffusé en salle pour pouvoir être primé. Alors même que ce film avait plusieurs éléments de son côté, une sorte de garantie que l’on était bien là face à du “vrai cinéma” : des acteurices connu⋅e⋅s, un réalisateur célèbre (la réputation de Bong Jun-Ho n’est plus à faire !). Tout cela m’avait à l’époque fait hurler : le cinéma, c’est le cinéma. Au final, c’est vraiment la manière de diffuser qui avait fait grincer des dents. De la même manière, on assiste dans le milieu littéraire à ce même élitisme quand on en vient aux moyens de diffusion : la fanfiction a forcément moins de valeur, vu qu’elle est disponible pour tous et gratuitement.
On le voit dans l’inconscient collectif : pour les auteurices amateur⋅e⋅s, la fin de toute chose, le Graal, c’est d’être publié⋅e. Ces dernières années, beaucoup de blogueurs et blogueuses ont été publié et on a toujours cette impression que le blog qu’on lit est bon si c’est le cas, après tout il a été publié ! Alors même que ce blog est resté le même avant et après publication, il gagne soudain de la notoriété.
Il faut sortir de ces schémas élitistes quand on lit des fanfictions, et abandonner ces clichés permet de se rendre compte qu’il y a effectivement des perles sur cet océan infini et gratuit qu’est Internet. De plus, il faut reconnaître que cela force le respect : les auteurs et autrices de fanfictions ne cherchent pas la notoriété. Ou alors une notoriété d’initiés, intra-sites dédiés. Alors même que beaucoup de ces auteurices sont souvent jeunes, ils apprennent à perfectionner leur style et à se construire en dehors des circuits traditionnels de diffusion et de pensée, à l’aide de ce que les chercheurs s’étant penché sur cette pratique considèrent bien comme une contre-culture.

 

J’aimerais  vous faire comprendre à quel point l’on se coupe d’un pan de la littérature riche et passionnant lorsque l’on décide que les fanfictions ne sont qu’une sous-littérature ; mais les clichés ont parfois la peau dure. Si vous n’en avez pas assez de mes arguments généraux et que le sujet vous intrigue, tournez-vous vers les travaux académiques à ce sujet, plus précis. Ils sont nombreux et je peux vous en conseiller certains : All of the Greek and Roman Classics (en langue allemande) de Maria Rossdal s’intéresse à la notion d’intertextualité en fanfiction, Homosexuality at the Online Hogwarts de Catherine Tosenberger étudie la représentation queer dans le fandom Harry Potter.

Et si véritablement vous vous sentez prêt⋅e à tenter les fanfictions suite à mon argumentaire, merci ! Je mets à votre disposition la liste de mes fanfictions préférées, et je peux assurer que vous y trouverez des petits bijoux.


 

ma liste au sens strict

STAR WARS
Emotion and Metachaos (EN) – WerewolfKyloRen
HARRY POTTER
Ironie du sort (FR)- Sexy Spectrum
HAMILTON
Men weren’t meant to ride (with clouds between their knees) (EN) – angelsdemonsducks
TEEN WOLF
Il t’en voudra (FR) – Ruize
MEGAMIND
Dream of the (EN) – setepenre_set

ma liste au sens large

TEEN WOLF
(Not so) pure imagination (EN/FR) – theroguesgambit, trad de bruniblondi
BIBLE
Le diable et les pies, sur Lucifer (FR) – Nelja
Objet : Besoin d’un bêta, écrit comique sur Moïse (FR) – Koukin-kun
Interdits, sur David et Jonathan de l’Ancien Testament (FR) – Nelja
INCEPTION
Kiss me Kill me (EN/FR) – Squilf, trad by Cheschire Cat
Sandwich cosmique (EN/FR) – Tabi_essentially, trad by Bepopalula
TERRAINK
Inspire, Expire (FR) – misro
BLEACH
La série I gave you all my heart (EN), GrimmIchi – aosc
THE SOCIAL NETWORK
This is your life (and it’s ending one minute at a time) – fairy_tale_echo
in our younger years we were skin and blood, l’OT3 a purveyor of tragedy, and all the things that follow – aroceu
DUNKIRK
Caeruleus – CountlessStars
JANE THE VIRGIN
Triangles and parallelograms (EN) – myrifique
MARVEL
Winterheart (FR/EN)-  goddamnhella, traduction de Nordremo
Bend Around the Wind (EN/FR) – scyllaya